Cessons de jeter de l’huile sur le feu

Les changements climatiques devraient entrainer des feux de forêt plus nombreux et plus graves, ce qui risque d’avoir des conséquences catastrophiques. Comment adopter une approche en deux volets, pour d’une part tenter de prévenir ces incendies et d’autre part mieux les gérer lorsqu’ils se produisent?

La sévérité et la fréquence des incendies de forêt ont largement augmenté, surtout en Colombie-Britannique et un peu partout au Canada, mais aussi ailleurs dans le monde, où ils ont causé d’énormes dommages aux propriétés, à l’industrie forestière, aux sources d’eau*, aux écosystèmes et à la santé humaine. Au pays, la superficie moyenne des terres brûlées annuellement s’élève à environ 2,5 millions d’hectares, soit plus du double qu’à la fin des années 1960*.

Selon les études, les risques de feux de forêt et leur potentiel de propagation s’accentuent tandis que les saisons des incendies s’étirent en raison des changements climatiques, qui sont à l’origine des températures plus élevées sur des périodes plus longues, de la présence de combustibles plus secs et de l’augmentation du nombre d’éclairs. La foudre déclenche d’ailleurs 45 % de tous les feux et tombe de 10 à 12 % plus souvent avec chaque degré Celsius de réchauffement climatique*.

Les changements climatiques, les développements immobiliers en milieu périurbain et l’accumulation de combustibles forment la combinaison idéale à la propagation des incendies, qui peuvent devenir violents et catastrophiques et menacer la santé et la sécurité des populations même si elles sont éloignées. Puisque les changements climatiques devraient s’aggraver et les saisons des feux de forêt s’allonger, il faut se demander comment mieux gérer les incendies et les risques qu’ils présentent.

Superficie forestière brûlée et nombre d'incendies, 2008-2018

 

Comment combattre les feux de forêt

Multiplier les zones de dégagement et les brûlages dirigés, et faire évoluer les développements immobiliers

Pour diminuer le nombre d’incendies, il faut une bonne planification urbaine aux niveaux municipal et régional, le soutien des citoyens et la coordination entre les gouvernements. Comme stratégies habituelles de gestion, on trouve l’aménagement de zones de dégagement* autour des constructions et en bordure des milieux périurbains. Ces zones réduisent la quantité de combustibles et empêchent la propagation des feux, ce qui est essentiel vu la vitesse et l’intensité grandissantes de ceux-ci. Il ne faut pas se contenter d’entourer chaque habitation d’une zone de dégagement; les communautés entières* doivent également en être ceinturées.

Les incendies peuvent prendre une ampleur particulièrement catastrophique en présence de combustibles étagés, c’est-à-dire de végétation dense accumulée depuis plusieurs années à différentes hauteurs, qui propulse les flammes du sol à la canopée. À noter que contrairement aux humains et à la machinerie, le feu grimpe rapidement, un point à prendre en considération quand on altère des pentes et que l’on conçoit des itinéraires d’évacuation.

Le débroussaillage (quand un boisé est spécialement dense) et les brûlages dirigés diminuent la quantité de combustibles étagés ou d’autres biocombustibles ainsi que le risque d’incendie fulgurant et extrêmement dangereux. Si les brûlages attristent à juste titre les amoureux de la nature et les gens de la région, ils augmentent les chances d’éviter le drame.

En Californie par exemple, État où l’on a vu certains des pires brasiers de l’histoire récente, les urbanistes et les décideurs mettent leur pied à terre et prennent des décisions difficiles qui tiennent compte des changements dans l’utilisation des terres, des modifications de zonage et des incitatifs visant à rendre plus sécuritaires les développements immobiliers*. Cela implique par exemple d’exiger des zones de dégagement autour des collectivités et, dans certains cas, de refuser la reconstruction dans les endroits à risque.

 

Transformer un marais dangereux en un marais protecteur

Les zones humides qui ont été asséchées sont hautement inflammables et, loin de constituer un coupe-feu, elles forment plutôt un couloir où le brasier s’épanouira plus rapidement et longtemps*. C’est ce que les évacués de Fort McMurray ont pu constater en 2016* au bord de certains tronçons de l’autoroute 63. Dans une tourbière asséchée, si on ne limite pas la croissance des épinettes, les sphaignes abondent. Ces mousses, naturellement résistantes au feu lorsqu’elles sont saines et gorgées d’eau, dessèchent alors encore plus la zone humide. Évidemment, ce genre de situation se répand puisque les tourbières saines sont menacées par les changements climatiques et les développements immobiliers. Par contre, la réhydratation stratégique, l’élimination d’épinettes et la culture de mousses peuvent transformer ces sites particulièrement dangereux en coupe-feux.

 

Éviter l’étincelle d’origine

Même si les incendies empirent et les combustibles abondent, il existe des stratégies anti-déclenchement. L’une d’entre elles, encore nouvelle et controversée, a été utilisée récemment dans le nord de la Californie, quand un distributeur a coupé l’électricité pendant une période à haut risque* (forts vents, faible humidité, végétation sèche et grande chaleur). Devant les critiques de ses clients, l’entreprise a justifié sa décision grâce à des données démontrant que les lignes électriques tombées et l’équipement endommagé par les intempéries avaient causé d’importants feux dans les dernières années.

Ces stratégies s’avèrent prudentes et sages, mais le feu est et sera toujours une composante du cycle de la nature. Le combattre ne constitue qu’une partie de l’équation; les stratégies pour vivre avec sont de plus en plus nécessaires puisqu’on s’attend à ce que la situation s’aggrave au Canada.

 

Comment vivre avec les incendies

Utiliser les métadonnées pour faciliter les évacuations, la gestion et la planification

Les feux de forêt font partie de la nature. Ce sont les changements climatiques et la présence accrue d’humains dans les environnements à risque qui en font de véritables catastrophes. Un nombre croissant de gens doivent être évacués toujours plus vite et cela ne s’améliorera pas. Parfois, l’évacuation se passe relativement bien, parfois c’est la tragédie. Les flammes et la fumée se déplacent rapidement, mais on peut de mieux en mieux modéliser* leur trajectoire grâce à la puissance grandissante des ordinateurs, aux capteurs au niveau du sol, à l’équipement de surveillance de haute résolution et aux métadonnées. Ces outils nous donnent de l’information en temps réel sur la topographie, la couverture végétale et les conditions météorologiques. On peut ainsi savoir ce qui se passe et réagir promptement. Avec le temps, ces renseignements améliorés devraient nous permettre d’adapter nos conceptions et nos infrastructures en vue d’améliorer l’efficacité des évacuations.

 

Modifier la conception et les matériaux

Même avec une modélisation poussée et des interventions rapides, on ne réussit pas toujours à faire des prévisions parfaites ou à mobiliser les gens assez vite. Des avancées sur les plans de la conception, de la construction et de la réglementation peuvent toutefois être appliquées pour bâtir ou rénover des bâtiments* résistant au feu (au moyen de matériaux ignifugés, de réserves d’eau, de multiples sorties). Puisque le toit est la partie la plus vulnérable d’un bâtiment*, il serait sage de remplacer les habituels bardeaux par des tuiles ou du métal. Par ailleurs, une conception adaptée et de meilleurs matériaux pour les bouches d’aération, les fenêtres et les clôtures, entre autres, constitueront autant de petites, mais importantes contributions à la sécurité des bâtiments.

Il y a en outre encore place à la réflexion pour trouver des moyens créatifs de rendre les collectivités moins vulnérables, de protéger les structures abandonnées au brasier et de fournir les services essentiels jusqu’au retour à la normale. Pourrait-on par exemple faire appel à la construction modulaire pour offrir des abris et des cliniques temporaires à la suite d’un désastre?

 

Filtrer la fumée

Comme on l’a constaté à l’été 2018 quand des nuages de fumée venant des feux de forêt de la côte Ouest se sont répandus sur le territoire canadien, les répercussions peuvent s’étendre bien au-delà de la zone affectée. Attendons-nous à des saisons estivales encore plus enfumées, car les incendies empireront et les périodes à risque s’allongeront.

À l’instar des flammes, la fumée représente une menace pour la santé et la sécurité. En 2017, le BC Centre for Disease Control a d’ailleurs fait état d’une hausse de 80 % des ordonnances de médicaments pour l’asthme*. Étant donné cette nouvelle tendance, la population se préoccupe davantage de la qualité de l’air et exige la prise de précautions de plus grande envergure. L’été dernier, l’avis sur la qualité de l’air en Colombie-Britannique a battu un record de durée et les ventes de systèmes d’épuration ont augmenté à l’échelle du pays, en particulier dans cette province et en Alberta, où elles ont grimpé de plus de 50 %*.

Bien que la ventilation naturelle et les systèmes multimodaux soient privilégiés en raison de leur faible consommation d’énergie, les systèmes avancés d’épuration de l’air s’avèrent importants dans les régions où la mauvaise qualité saisonnière de l’air extérieur devient monnaie courante. Idéalement, dans l’avenir, les systèmes viseront à réduire les impacts aussi bien sur l’environnement que sur les humains. D’ici là, les communautés devront entre autres, pour s’adapter aux étés enfumés, munir de capteurs et de filtres les bâtiments publics climatisés afin d’y maintenir la qualité de l’air ambiant*.

 

Conclusions

Il ne fait aucun doute que les incendies de forêt peuvent être dévastateurs et qu’ils devraient gagner en intensité, en étendue et en fréquence. Les changements climatiques se trouvent à l’origine de cette tendance et nous forcent à prendre conscience que notre aménagement classique du territoire ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Nous devons repenser notre façon de prévenir les incendies, mais également de coexister avec eux lorsqu’ils se produisent.

Il faut continuer d’améliorer les évacuations, les services publics et les programmes des collectivités, la conception des bâtiments et des infrastructures, ainsi que notre gestion de la nature et des milieux périurbains en fonction des risques. Les feux de forêt ont toujours représenté un danger. Avec l’augmentation de ceux-ci, de la population et des développements immobiliers, les menaces, mais aussi les occasions de découvrir des solutions novatrices se multiplient.

* Les liens marqués d’un astérisque ne sont disponibles qu’en anglais.

 

Auteurs

Jamie Summers
Conçu pour l’avenir
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Nicole Montgomery
Analyste principale, Développement durable et d’efficacité énergétique
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