Cinq façons de bâtir la résilience aux changements climatiques dans les infrastructures du Canada

Ena Ristic, experte WSP, a eu le privilège de participer aux toutes premières évaluations dans le cadre de l’Optique des changements climatiques au Canada. Elle nous explique les leçons qu’elle en a tirées, nous parle de la valeur de ces évaluations et nous présente les étapes à suivre pour améliorer la mise en œuvre de ces idées.

Il est à la fois coûteux et dérangeant d’ignorer les changements climatiques. Les tendances liées aux températures et aux précipitations ne cessent d’évoluer, ponctuées d’événements climatiques extrêmes qui devraient être plus fréquents à l’avenir. Ajoutons à cela l’état de nos infrastructures déjà vieillissantes et l’on comprend que la catastrophe n’est pas loin.

D’après le Bulletin de rendement des infrastructures canadiennes (BRIC), près d’un tiers des infrastructures municipales du Canada sont à risque de se détériorer rapidement. Les assureurs canadiens ont vu les coûts des réclamations liées aux catastrophes naturelles (inondations, incendies forestiers ou phénomènes météorologiques extrêmes) passer de 400 millions de dollars par année au cours des décennies précédentes à environ un milliard de dollars pour l’année 2018. Selon des estimations prudentes, le passif des Accords d’aide financière en cas de catastrophe (AAFC), qui est le programme de financement du gouvernement du Canada en place pour fournir de l’aide en cas de catastrophe naturelle de grande ampleur, atteindra en moyenne 902 millions de dollars au cours des cinq prochaines années. Les changements climatiques et leurs conséquences sont dorénavant inévitables et de plus en plus répandus.

 

Exigences liées aux financements gouvernementaux

Afin de réduire les coûts, le gouvernement du Canada a commencé à prendre des mesures pour s’adapter aux changements climatiques et atténuer leurs effets. En juin 2018, Infrastructure Canada a publié son premier document d’information intitulé Optique des changements climatiques – Lignes directrices générales , qui vise à aider les propriétaires et les exploitants d’infrastructures à évaluer les émissions de gaz à effet de serre et la résilience aux changements climatiques des projets d’infrastructure qu’ils proposent. Pour accéder à certains programmes et à certaines sources de financement, comme le plan Investir dans le Canada (qui vise, entre autres, le transport en commun, les infrastructures écologiques, l’enseignement postsecondaire, les infrastructures sociales), le Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes et le Défi des villes intelligentes, les projets admissibles doivent répondre aux exigences de l’Optique des changements climatiques. Pour en juger, il faut réaliser une évaluation de l’atténuation des gaz à effet de serre ou une évaluation de la résilience aux changements climatiques, selon les exigences des sources de financement et des études menées auparavant.

À l’automne 2018, le district régional de la vallée de Comox, en Colombie-Britannique, a mandaté une équipe d’experts internationaux de WSP, dans le prolongement de ses activités d’ingénierie du propriétaire, pour réaliser les toutes premières évaluations au Canada dans le cadre de l’Optique des changements climatiques. Il s’agissait d’évaluer un projet de station d’alimentation en eau et de traitement des eaux usées. Nos experts, combinant présence locale et expérience internationale, ont évalué 28 risques majeurs liés à la construction, à l’exploitation et à la maintenance de l’usine. Pour la plupart des risques, des mesures d’atténuation et d’adaptation adéquates avaient été adéquatement mises en place à la suite de l’approche de conception indicative mise en place par WSP dans son rôle d’ingénierie du propriétaire pour le district régional de la vallée de Comox. Après la réalisation d’une évaluation de l’atténuation des gaz à effet de serre et d’une évaluation de la résilience aux changements climatiques, 62,8 millions de dollars de financement fédéral ont été octroyés pour la réalisation du projet, ce qui a permis d’offrir de l’eau potable à plus de 45 000 personnes.

 

Cinq étapes pour réussir

Les premières évaluations réalisées dans le cadre de l’Optique des changements climatiques étaient une occasion unique de tester les enjeux et les occasions liés aux lignes directrices générales d’Infrastructure Canada. Voici cinq étapes à suivre pour mieux utiliser ces directives et obtenir de meilleurs résultats :

 
  1. Planifier les évaluations liées à l’Optique des changements climatiques pour qu’elles coïncident avec des projets
    Les projets d’infrastructure peuvent être conçus pour durer un siècle. C’est pourquoi les évaluations liées à l’Optique des changements climatiques se déroulent souvent à court terme (du début du projet jusqu’à ce qu’il ait une cinquantaine d’années) et à long terme (du moment où le projet a atteint une cinquantaine d’années jusqu’à la fin). Les évaluations doivent être planifiées de façon stratégique pour coïncider avec d’autres occasions ou échéances. Pour simplifier l’adaptation précoce aux changements climatiques et assurer la résilience des infrastructures, il est utile de choisir plusieurs moments au début du processus pour réaliser les évaluations liées à l’Optique des changements climatiques. Cela aide à coordonner les décisions de planification avec les cycles d’investissement, les maintenances prévues, les transferts de propriété ou les occasions de financement. Certaines solutions durables et résilientes qui ne sont pas envisageables aujourd’hui pourraient se révéler idéales dans un siècle. Nous sommes responsables vis-à-vis du grand public d’investir de façon stratégique dans nos infrastructures.
 
  1. Évaluer l’efficacité des mesures de contrôle actuelles
    En définissant les mesures de contrôle actuelles et en évaluant leur pertinence, les entreprises et les propriétaires peuvent comprendre comment réduire les risques associés au climat et aux conditions météorologiques sans avoir à investir davantage ou en investissant peu, et savoir prioriser les investissements à venir. Bon nombre de normes actuelles, comme les exigences liées à la charge de neige, les générateurs de secours ou les câbles de communications enterrés, constituent, en général, des mesures de contrôle adéquates pour les futures incidences climatiques. Si l’on sait repérer les mesures qui ne sont pas adéquates ou qui pourraient être améliorées, on est alors en mesure de s’adapter à l’avenir de façon efficace et rentable en utilisant les moyens du présent.

 
  1. Désigner des observateurs pour évaluer les risques très incertains
    On ne peut jamais prédire l’avenir avec certitude. Si les risques sont si incertains qu’il est difficile de les déterminer (par exemple, s’ils reposent sur des estimations scientifiques, des projections, des données manquantes ou d’autres facteurs), il sera probablement utile pour les estimateurs et les exploitants d’infrastructures de demander à un observateur de faire le suivi des incidences futures et des mesures d’adaptation à mettre en place, au besoin. Cela contribuera à réduire les coûts et les effets à long terme tout en permettant de repérer de façon proactive les risques et de les atténuer avant qu’ils ne se concrétisent.

 
  1. Attribuer la responsabilité des risques à quelqu’un
    Lorsque les risques ne sont attribués à personne, les mesures d’adaptation sont rarement fructueuses. En désignant quelqu’un dans l’entreprise qui est responsable des risques, on garantit que celle-ci devra rendre des comptes. Il s’agit d’une étape essentielle qui permet de mieux évaluer les risques et de garantir qu’un plan d’intervention sera mis en place et utilisé. En plus d’attribuer la responsabilité des risques à quelqu’un, il faut aussi définir les risques dans le temps (si c’est possible) afin de renforcer la responsabilité, la planification et l’exécution.

 
  1. Intégrer le suivi et la création de rapports aux activités des actifs
    Par nature, les évaluations liées à l’Optique des changements climatiques sont souvent réalisées pendant les étapes de planification et de conception du projet. Cela nous amène à nous demander quel mécanisme garantit que les mesures recommandées ou envisagées sont bel et bien mises en place et surveillées de façon efficace. Les plans qui reposent sur des systèmes robustes de suivi et de création de rapports permettent de garantir à la fois que des mesures sont prises et que les propriétaires et les planificateurs sont tenus responsables. L’évaluation des risques doit être régulièrement passée en revue et mise à jour à chaque étape du projet, y compris pendant la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance, et des évaluations obligatoires doivent être prévues.

 

Le Canada fait de grands progrès en matière de planification afin de gérer les changements climatiques. Il encourage la résilience et l’adaptation des infrastructures aux échelles municipale et nationale, tant dans les communautés rurales qu’urbaines. L’Optique des changements climatiques d’Infrastructure Canada est un formidable exemple de soutien institutionnel concret et de direction provenant du gouvernement fédéral. Les évaluations réalisées dans ce cadre et les étapes que nous proposons pour atteindre la résilience sont des exemples d’une approche adaptative, axée sur le futur, qui laisse la possibilité de s’adapter aux changements à mesure que nous les comprenons et concevons des infrastructures appropriées à l’évolution du climat. Grâce à l’approche Conçu pour l’avenir, nous anticipons mieux le futur et collaborons avec les clients pour adapter nos conceptions aux besoins actuels et à venir. L’équipe chargée des changements climatiques à WSP est ravie de participer aux premières évaluations liées à l’Optique des changements climatiques, souligne l’engagement du district régional de la vallée de Comox à atténuer activement les risques liés aux changements climatiques, et se réjouit de contribuer à façonner l’avenir de ce mouvement en collaboration avec les gouvernements, le secteur privé et le grand public.

Téléchargez la brochure : I'Optique des changements climatiques

RÉFÉRENCES

http://canadianinfrastructure.ca/en/press-release.html

Hodgson, G. (2018, May 15). The costs of climate change are rising. Retrieved May 3, 2019, from

https://www.theglobeandmail.com/business/commentary/article-the-costs-of-climate-change-are-rising/

https://www.iisd.org/pdf/2013/adaptation_can_infrastructure.pdf

https://www.infrastructure.gc.ca/pub/other-autre/cl-occ-eng.html

https://www.comoxvalleyrd.ca/projects-initiatives/past-current-projects/comox-valley-water-treatment-project


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