Comme elle a suivi un cours sur la conception interdisciplinaire en environnement et rédigé sa thèse sur l'adaptabilité des bâtiments en vue de l'avenir, c'est à elle qu'on a demandé de diriger la mise en œuvre du programme « Conçu pour l'avenir » dans le secteur des Structures chez WSP au Royaume-Uni. Après six mois de travail, elle nous fait part de l'avancement du projet.

“ Le plan est d'intégrer la vision « Conçu pour l'avenir » à notre processus courant de réalisation de projet, au même titre que nous le faisons pour les questions de santé et de sécurité, ou de développement durable. Mais dans le domaine des structures, nous devions d'abord relever un premier défi. Contrairement au secteur de la mécanique du bâtiment (MEP), il n'était pas immédiatement évident pour nous de déterminer quel aspect de notre travail se trouvait soumis au principe du « Conçu pour l'avenir », outre le fait de concevoir nos structures pour qu'elles durent longtemps.

Nous avons donc commencé à penser à ce que nous faisions déjà, et qui pourrait être considéré comme une pratique de conception en vue de l'avenir, et à trouver une façon de communiquer le concept aux membres de notre personnel, pour les convaincre de l'adopter et de l'incorporer de manière proactive dans leurs activités quotidiennes. Il était tout aussi important de chercher le moyen de présenter et de vendre le concept à nos clients. Après quelques séances de remue-méninges, trois groupes ont été formés pour travailler sur nos idées les plus prometteuses.

Audrey McIver

Un bâtiment virtuel conçu pour l'avenir

L'une de nos premières conclusions tient au fait que l'équipe des Structures ne peut travailler en vase clos sur le concept de « Conçu pour l'avenir » – il nous faut collaborer avec les autres disciplines. Notre première proposition vise la construction d'un bâtiment virtuel et interactif, de concert avec nos collègues des secteurs de l'Énergie et de MEP, pour nous assurer de bien saisir tous les éléments essentiels en matière de changements climatiques et d'adaptabilité future. Cette démarche s'appuie sur l'idée qu'il sera alors possible de nous pencher sur une portion du bâtiment – disons une fenêtre, ou la façade – pour découvrir de quelle façon sa conception tient compte de l'avenir. Cela nous permettrait de démontrer aux clients que nous avons pris tous les facteurs en considération. Parce que concevoir pour l'avenir comporte toujours des compromis. Par exemple, une certaine solution offre peut-être la plus grande efficacité énergétique aujourd'hui, mais présente une moins grande adaptabilité pour l'avenir. Le modèle virtuel deviendrait un moyen de montrer que nous avons déjà engagé ce type de réflexion et que nous possédons déjà quelques réponses. La création du modèle constitue cependant un défi de taille pour le groupe responsable du projet, puisque nous n'avons encore jamais rien fait de tel auparavant. Nous sommes donc en train de chercher des collègues de notre secteur d'activité qui pourraient nous aider.

Guide de référence technique

Le deuxième groupe travaille à la rédaction d'un Guide de référence technique, qui rassemblera tous les résultats de recherche dont nous disposons sur les principes de conception en vue de l'avenir et leur mise en œuvre, en plus de documenter ce que nous avons déjà réalisé dans ce domaine, pour ensuite le publier en interne. Nous avons pensé que la meilleure façon d'y parvenir serait de demander la participation d'autant de personnes que possible, pour qu'ils examinent la question dans leurs propres champs de spécialité, puisqu'il y a plus de chance qu'ils adoptent un sujet pour lequel ils ont déjà de l'intérêt. Par exemple, nous pourrions avoir un chapitre sur la conception d'un bâtiment en fonction d'une durée de vie particulière. En effet, faut-il concevoir une structure capable de durer 200 ans lorsqu'on n'en aura besoin que 15 ans? En faisant ces recherches et en ayant à portée de main tous les faits et données, lorsque nous proposerons à nos clients des solutions conçues pour l'avenir, nous aurons déjà des réponses.

Intégration aux normes de rédaction de rapports

Le troisième groupe travaille à l'intégration des aspects du programme « Conçu pour l'avenir » dans nos rapports normalisés, de la même façon que nous y incorporons toujours une section « Santé et sécurité ». Ces aspects pourraient aussi apparaître dans l'examen des projets et dans la section des « Risques et possibilités », où nous pourrions souligner les possibilités de réaliser une conception qui prévoit d'éventuels changements d'usage et présenter ceci au client comme une option pour que son immeuble soit conçu pour l'avenir.

Poster projects

Il faudra un certain temps pour que ces idées prennent forme. D'ici là, nous voulions faire quelque chose qui serait immédiatement visible. Nous avons donc décidé de regarder du côté de nos projets existants et de ce que nous faisons déjà pour qu'ils soient adaptables aux conditions et usages futurs.

L'un de nos ingénieurs principaux, Nicoletta Galuzzi, coordonne en ce moment la rédaction d'une série d'études de cas afin de recueillir des idées et faire de la sensibilisation au sein de notre secteur d'activités. Ces études de cas sont ensuite transposées sous forme d'affiches, qui seront distribuées dans nos bureaux. À date, les affiches produites parlent des travaux réalisés par notre bureau de Londres, mais les bureaux régionaux commencent maintenant à nous faire part de leurs idées. Nous avons commencé par le cas de Principal Tower, un immeuble d'habitations de cinquante étages construit au-dessus d'un corridor ferroviaire prévu pour un élargissement à huit voies par Network Rail, qui se prépare elle aussi pour l'avenir. Voici quelques caractéristiques de nos plans conçus pour l'avenir :

  • La formation d'une enveloppe de béton à l'endroit des fondations de la tour, afin d'éviter les interférences avec les futurs agrandissements des voies ferrées.
  • La conception d'une superstructure qui enjambe l'entière largeur des futures huit voies ferrées, pour permettre éventuellement de construire un tunnel sans perturber la structure de l'édifice.
  • La conception d'une isolation acoustique des éléments qui seront en contact avec le tunnel, afin d'éviter que les futures activités ferroviaires n'aient de répercussions nuisibles sur l'acoustique du bâtiment.

Une autre affiche illustre comment l'important complexe commercial et résidentiel de South Bank Place a été conçu pour permettre un éventuel changement d'usage, en fonction de la densification. Chacun des nouveaux bâtiments pourra ainsi être démoli jusqu'au niveau de la fondation, et reconstruit de manière indépendante, sans impact sur les autres édifices du complexe.

Toute l'information rassemblée au fur et à mesure de notre préparation des études de cas ira alimenter le travail de nos trois groupes sur le bâtiment interactif, le Guide de référence technique et l'intégration aux rapports normalisés.

Ces études de cas nous ont aidés à nous rendre compte à quel point notre travail actuel est déjà conçu pour l'avenir et de quelle manière nous pouvons, en tant qu'ingénieurs en structures, nous assurer d'intégrer ce principe dans la conception de tous nos projets, jusqu'à ce que ce soit automatiquement considéré comme une part intégrante de notre travail quotidien.


Plus sur ce sujet