La gestion des résidus et de l’eau minière pour réaliser des projets en un temps record

La réalisation de nouveaux projets miniers est un processus complexe nécessitant des mesures de contrôle environnementales diligentes dans un cadre budgétaire souvent très serré. Et si nous pouvions concevoir des projets miniers écoresponsables et socialement acceptables, tout en prenant des décisions stratégiques pour maximiser l’efficacité et réduire les délais de livraison? Voici les raisons pour lesquelles la gestion des résidus et de l’eau minière peut être un catalyseur ou un frein dans nos projets.

Bien que l’industrie minière peine encore à se relever du récent ralentissement économique, un vent d’optimisme semble tout de même souffler sur l’industrie minière mondiale, et ce, malgré la grande volatilité actuelle du prix des métaux. En dépit d’une période de repli économique qui s’est étirée de 2012 à 2016, l’exploration minérale au Canada a repris de plus belle au cours des dernières années . Cet optimisme incite donc les sociétés minières à chercher des investissements importants. Or, les promoteurs miniers veulent tous une part des ressources financières limitées disponibles dans ce secteur.

Pour garantir les investissements, les promoteurs miniers doivent non seulement démontrer que les réserves minérales et les dépenses du projet s’équilibrent, mais aussi que les coûts en gestion des résidus miniers ainsi que le processus d’obtention de permis sont sous contrôle. La gestion des résidus et de l’eau minière représente un enjeu important de l’exploitation minière et doit respecter des normes environnementales strictes, ce qui peut entraîner de coûteux retards dans les projets si elle n’est pas adéquatement prévue tôt dans le développement du projet. Au cours du cycle de vie d’une mine, la gestion des résidus et de l’eau minière représente habituellement un coût opérationnel qui s’étend au-delà de la fermeture de la mine. C’est pourquoi il importe de miser sur des stratégies diligentes de gestion environnementale et d’inclure leur coût de référence très tôt dans le projet afin d’établir un échéancier réalisable et des prévisions de coûts plausibles. C’est dans ce contexte délicat que la gestion des résidus et de l’eau minière peut réellement devenir décisive pour la santé économique d’un projet minier.

Le bon moment

Prenons l’exemple patent des métaux utilisés dans la construction de batteries. Dans ce domaine, la fenêtre pour financer un nouveau projet minier est limitée. De nombreux nouveaux projets miniers dépendent grandement de la spéculation sur les prix des minéraux, qui est directement associée à la demande, bien entendu, mais aussi à l’approvisionnement. Les premiers promoteurs à traverser la ligne d’arrivée empocheront le butin.

Arriver le premier signifie trouver les fonds nécessaires pour construire une mine et réussir à approvisionner les marchés en un temps record. Le tableau qui suit est tiré de la publication de la PDAC intitulée State of Mineral Finance 2019 et illustre la volatilité du prix des métaux. Il est crucial, pour garantir les ressources financières nécessaires, d’être capable de faire passer rapidement un projet de la phase d’étude, à la production, en passant par l’obtention du permis, alors que le prix des métaux demeure élevé.

États financiers miniers 2019 : À la croisée des chemins, Association Canadienne des prospecteurs et entrepreneurs / Oreninc

Par le passé, l’approche itérative adoptée pour élaborer des projets miniers qui consiste à réaliser une analyse économique préalable (PEA), une étude de préfaisabilité (PFS) ainsi qu’une étude de faisabilité (FS), négligeait trop souvent d’inclure une stratégie acceptable de gestion des résidus et de l’eau minière. L’accent était plutôt mis sur la définition des paramètres miniers classiques, notamment les réserves minérales, les techniques d’extraction et de traitement ainsi que les infrastructures de surface. Faute de définir des stratégies de gestion des résidus et de l’eau minière (en parallèle à l’évaluation des impacts environnementaux) comme conditions majeures tôt dans le projet, le projet risquait de se retrouver au point mort. Négliger d’établir de telles stratégies peut en effet entraîner des coûts énormes vers la fin du cycle de projet ou prolonger la durée du processus d’octroi de permis à un point tel que l’on manque la fenêtre d’opportunité.

Défis stratégiques

Les stratégies de gestion des résidus et de l’eau minière doivent équilibrer les coûts capitaux et opérationnels les moins élevés possible avec des impacts acceptables sur le plan environnemental. Le terme impact « acceptable » peut se définir comme étant légal au point de vue du permis et socialement accepté tout en étant ajusté aux besoins du projet et de ses parties prenantes. Pour développer une stratégie efficace, une approche souple et transparente doit être adoptée. Un dossier doit être préparé pour présenter aux parties prenantes les questions sociales et environnementales sensibles, notamment en ce qui concerne la qualité des eaux souterraines et de surface, la qualité de l’air, le bruit et les vibrations, les répercussions sur la faune, la destruction d’habitats de poissons, les droits relatifs aux terres autochtones, l’activité économique, sans oublier les enjeux de sécurité (par exemple, les risques de rupture de barrage), afin d’obtenir les permis et autorisations nécessaires.

Le défi des sociétés minières et des consultants est d’établir une stratégie flexible de gestion des résidus et de l’eau minière très tôt dans le projet, alors que les données (par exemple, le plan minier, les paramètres de traitement des résidus, les quantités de stérile minier, les conditions de base du terrain, etc.) sont encore incomplètes. La stratégie idéale laisserait place aux variations au fil de l’évolution, tout en évitant les coûts capitaux et opérationnels trop élevés et les retards dans l’échéancier. La planification des risques ainsi que l’identification des différentes parties prenantes et de leur degré d’engagement sont à examiner dès les phases d’initiation et de planification du projet. Les experts doivent remettre en cause les idées préconçues et se fonder sur leur jugement pour proposer des solutions créatives et novatrices afin de résoudre les problèmes. Une bonne compréhension des répercussions de la variation des intrants sur les aspects économique, social et environnemental du projet est nécessaire pour en assurer le succès.

Pour faciliter le financement d’un projet minier prometteur, la clé consiste à établir une stratégie adaptée de développement et d’obtention de permis pour l’entreposage des résidus et de l’eau minière, et ce, dès le début du projet. Des méthodes novatrices d’économies de coûts combinées à des stratégies de gestion des résidus et de l’eau minière socialement acceptables et permettant l’obtention des permis et autorisations aboutiront à un projet économiquement viable pouvant être réalisé en un temps record.


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