En 2015, les Nations Unies (ONU) ont publié 17 objectifs de développement durable (ODD), qui « répondent aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés, notamment ceux liés à la pauvreté, aux inégalités, au climat, à la dégradation de l’environnement, à la prospérité, à la paix et à la justice. » L’objectif 6, « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau », a été identifié comme l’ODD le plus susceptible de se retrouver au cœur d’une approche intégrée en vue d’atteindre l’ensemble des objectifs d’ici 2030 (en anglais seulement).

L’eau est donc l’assise sur laquelle reposent tous les autres objectifs de développement. Cependant, assurer l’accès à une eau potable sûre et fiable est encore une source de préoccupation, même au Canada. Dans l’un des pays les plus riches en eau douce au monde, de nombreuses communautés isolées sont toujours assujetties à des avis d’ébullition d’eau, dont certains sont en place depuis plus de 20 ans. Même les zones urbaines sont confrontées à de nouveaux risques, alors que le vieillissement des infrastructures menace la fiabilité et la qualité de notre approvisionnement en eau. La fiabilité de cette ressource continue de poser problème et constitue un obstacle à la résolution d’autres problèmes plus importants, comme le maintien de villes durables et l’élimination de la faim.

 

Infrastructure vieillissante

Assurer l’accès à une eau sûre et fiable pour l’approvisionnement de nos grandes villes constitue une préoccupation croissante alors que l’urbanisation continue de s’intensifier. À mesure que les conduites d’eau vieillissent, elles se corrodent, ce qui accroit le niveau de rugosité des tuyaux, réduit la capacité hydraulique et entraine une multiplication du nombre de fuites. Au fil du temps, non seulement cette infrastructure devient-elle moins fiable, mais également moins efficace. À terme, ce sont la qualité de l’eau et sa distribution qui sont gravement mises en péril.

Il est de plus en plus difficile de relever ces défis, même dans les pays développés, car les communautés sont confrontées à des infrastructures vieillissantes qui ne sont pas en mesure de répondre aux besoins de notre population sans cesse croissante. Il n’est pas réaliste de remplacer tous les équipements qui se détériorent en raison du nombre limité des ressources matérielles et financières.

img-Watermain break in downtown Toronto

Rupture d’une conduite d’eau principale au centre-ville de Toronto, 2018

Qu’il suffise de penser à ceci : les conduites d’eau principales ont généralement une durée de vie de 75 à 100 ans. Si les services publics municipaux se fixaient un taux de remplacement annuel de 0,5 %, il faudrait 200 ans pour remplacer l’ensemble d’un réseau de distribution, soit le double de la durée de vie utile prévue de ses composants. Pour remplacer ces équipements dans un délai inférieur à leur durée de vie utile prévue, le taux de remplacement annuel devrait être au moins du double et les engagements annuels minimaux suivants s’imposeraient partout au Canada :

VILLE REMPLACEMENT ANNUEL REQUIS

Toronto

60 km

Calgary

47 km

Winnipeg

26 km

Ottawa

24 km

Halifax

16 km

Vancouver

15 km

Pour de nombreuses municipalités, ces objectifs représentent une augmentation marquée par rapport aux taux de remplacement actuels et ils peuvent être extrêmement difficiles (voire impossibles) à atteindre en raison de restrictions financières et sur le plan des ressources.

À titre d’exemple, environ 11 % des conduites d’eau principales de la ville de Toronto ont maintenant plus de 100 ans (en anglais seulement), dépassant ainsi de loin leur durée de vie utile prévue. Si la ville de Toronto devait se concentrer uniquement sur le remplacement de ces 660 km de conduites d’eau principales, à un rythme annuel de 1 %, il faudrait 11 ans pour les remplacer toutes.

Ces difficultés ont incité les municipalités à se soucier davantage des activités d’entretien, qui peuvent prolonger la durée de vie de cette infrastructure à un coût inférieur à celui de leur remplacement. Ce faisant, les efforts de remplacement peuvent être axés sur les canalisations en état critique ou qui sont des composants essentiels du système de distribution d’eau.

 

Éloge de l’entretien

Dans bien des cas, les municipalités peuvent prolonger considérablement la durée de vie utile de ces équipements par des activités d’entretien et de renouvellement. Le recours à des technologies comme celle du chemisage selon les méthodes « SIPP » (« spray-in-place-pipe ») ou « CIPP » (« cure-in-place-pipe ») peut aider les propriétaires à tirer le meilleur parti de leurs équipements. Ces méthodes présentent de nombreux avantages, notamment une réduction des coûts, une perturbation minimale des collectivités et une augmentation de la quantité de travail pouvant être accompli chaque année. En outre, l’évaluation de l’état des conduites peut servir à assurer une intervention en temps opportun. En programmant tant la méthode d’intervention que les emplacements les plus pertinents, on s’assure de tirer le meilleur parti possible des budgets engagés.

Le renouvellement des équipements réduit surtout le nombre de remplacements requis chaque année et permet aux équipements existants de demeurer en service plus longtemps, ce qui présente des avantages sur les plans financier, social et environnemental. Cependant, le principal inconvénient de ces méthodes est qu’elles ne permettent pas de mettre en place de nouvelles canalisations pourvues d’accessoires et de raccords standards. En cela, de nombreux équipements renouvelés présenteront des propriétés et un comportement uniques et nécessiteront des procédures d’entretien spécifiques, différentes de celles qui touchent les équipements remplacés ou qui n’ont pas encore été rénovés.

Le renouvellement des infrastructures peut être envisagé à la fois de manière réactive et proactive, selon le niveau de risque que les municipalités sont disposées à accepter. Une intervention proactive peut servir à assurer un haut niveau d’efficacité opérationnelle et à réduire considérablement le nombre annuel de ruptures de conduites d’eau principales. Si cette approche n’est pas sans présenter des attraits, elle est également coûteuse et elle nécessite le renouvellement des conduites bien avant la fin de leur durée de vie utile prévue. Cette réalité réduit considérablement les bienfaits environnementaux, économiques et sociaux des techniques de renouvellement des conduites.

Il est par ailleurs possible d’adopter une approche réactive, selon laquelle le calendrier d’intervention est déterminé par les défaillances du réseau, comme des ruptures ou des fuites. Si cette méthode peut présenter des avantages financiers, elle force les communautés à accepter le fait que des infrastructures obsolètes demeureront en place pratiquement jusqu’au terme de leur durée de vie utile. Cette approche pourrait mener à de plus fréquentes perturbations du service, lesquelles pourraient être inacceptables pour les résidents ou les administrations locales.

 

Une approche intégrée

En général, le fait d’instaurer un équilibre stratégique entre le remplacement et l’entretien des infrastructures représente l’approche la plus avantageuse sur le plan financier et opérationnel. En remplaçant l’infrastructure de conduites d’eau principales à un rythme viable, tout en ayant simultanément recours à une technologie innovante et à des interventions ciblées pour maximiser la valeur de nos équipements existants, nous pouvons nous assurer de disposer d’une eau propre et salubre pour tous les habitants de nos écosystèmes urbains.

La protection de nos infrastructures d’approvisionnement en eau permettra de préserver une base solide pour entreprendre d’autres travaux axés sur la durabilité dans nos quartiers, nos communautés et notre environnement au sens large. Si les travaux d’entretien visant les conduites d’eau principales peuvent sembler tenir quelque peu d’une démarche technique spécialisée, en réalité, la protection de ces petits tuyaux est une condition préalable essentielle à notre qualité de vie.


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