Le mercure grimpe : Exposition et pertes économiques dues au réchauffement climatique

En 2017, 153 milliards d’heures de travail ont été perdues dans le monde en raison de l’exposition à la chaleur et de recommandations sanitaires connexes. Ces pertes représentent une augmentation de 62 milliards d’heures par rapport à 2000. Comme on s’attend à ce que cette tendance se poursuive dans les prochaines décennies en raison des changements climatiques, nous posons la question suivante : quelles stratégies les organisations et les personnes peuvent-elles utiliser afin d’optimiser la productivité de la main-d’œuvre et le bien-être des travailleurs alors que le climat se réchauffe?

L’exposition à une chaleur excessive peut avoir de nombreuses répercussions socio-économiques pour les personnes et les organisations, notamment une diminution de la productivité, des effets négatifs sur la santé physique et mentale, et même une augmentation des taux de mortalité. Des études ont montré que pour éviter les blessures, même les travailleurs acclimatés à la chaleur doivent accroitre la durée de leurs périodes de repos de 10 à 40 minutes par heure de travail actif lorsque les températures sont très élevées (maximums se situant entre 25,5 °C et 32,2 °C, selon l’intensité du travail). Au Québec, on a remarqué une augmentation sensible du nombre de demandes d’indemnisation pour blessures professionnelles associées à l’exposition à la chaleur. Au Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux ont modifié les recommandations sur l’exposition à la chaleur pour y intégrer les plus récentes informations physiologiques afin d’éviter les problèmes de santé. Toutefois, l’exposition à une chaleur excessive peut toujours influer sur le développement économique des pays en affectant leur produit intérieur brut (PIB). Ces risques pour la santé et la productivité sont d’autant plus réels que les températures mondiales continuent d’augmenter.

 

Le Canada est encore bien positionné

Selon les modèles, dans le futur la perte de productivité annuelle de la main-d’œuvre sera d’environ 2 à 4 %, mesurée en pourcentage du PIB total par trillion de tonnes de carbone émise. Cela représente une perte économique d’environ 0,59 $/tCO2. L’exposition à la chaleur ne touche pas tous les secteurs de l’économie de la même façon. Les pertes de productivité peuvent être plus importantes dans les zones urbaines que dans les régions rurales. Les secteurs dont la majorité des tâches sont effectuées à l’extérieur courent davantage de risques de voir leur croissance limitée par l’augmentation des températures. Ces secteurs à haut risque incluent, entre autres, l’agriculture, les mines et carrières, la fabrication et la construction.

Les pays à faible revenu dépendent davantage de leurs activités extérieures que les pays à revenu élevé, puisque 73 % de leur production est liée aux secteurs à haut risque, comparativement à 30 % pour les pays à revenu élevé. En règle générale, ce sont aussi ces nations à faible revenu qui sont les plus exposées – et continueront de l’être – à d’autres défis importants liés aux changements climatiques, comme l’élévation du niveau de la mer, des taux de croissance démographique élevés et une sécurité alimentaire précaire.

Certains pays tropicaux ont déjà connu des baisses de productivité de l’ordre de 3 à 7 % en raison de la chaleur dans un contexte où il est difficile de mettre en œuvre des stratégies d’adaptation. Le Canada, un pays à revenu élevé jouissant d’un climat majoritairement tempéré, a des avantages en matière de résilience au climat par rapport à d’autres régions du globe. Toutefois, le Canada devra relever des défis, dont des pertes de productivité en raison de la chaleur estimées à 0,5 % de notre PIB, ce qui représente 9 milliards $CA.

De plus, certaines conséquences des changements climatiques au Canada augmenteront la fréquence de conditions dangereuses préexistantes et l’émergence de conditions encore plus dangereuses, particulièrement le long de la frontière sud où se retrouvent la majorité des activités économiques du pays. Vous trouverez ci-dessous quatre stratégies complémentaires afin de mettre en œuvre des options d’adaptation pertinentes, d’optimiser le bien-être des travailleurs et de maximiser la productivité au Canada alors que les températures augmentent.

 

Quatre stratégies complémentaires pour une adaptation efficace à l’augmentation des températures

1. Prendre en considération tous les facteurs associés à la chaleur

L’exposition à la chaleur ne dépend pas uniquement de la température ambiante. L’humidité, le rayonnement solaire, la déshydratation et le port de vêtements inadéquats tendent à accroitre les risques, alors que des facteurs comme le vent et l’ombre les réduisent. Il est possible de mettre en œuvre des mesures spécifiques pour contrôler ces paramètres, comme la construction de zones ombragées, l’installation de systèmes de ventilation et de climatisation, un approvisionnement régulier en eau et une conception appropriée des uniformes pour réduire les effets possibles sur la santé de la chaleur excessive pour tous les travailleurs.

 

2. Redistribution des heures de travail

Les compagnies peuvent trouver des façons de s’adapter à une exposition accrue à la chaleur en redistribuant leurs effectifs à des postes moins vulnérables aux températures extrêmes, en modifiant les horaires de travail ou en déplaçant les heures de travail vers des saisons ou des périodes de la journée où l’exposition à la chaleur est moindre. Similairement, il est possible de mettre en œuvre des mesures d’adaptation à court terme et d’adapter les conditions de travail afin de maximiser la productivité des travailleurs sur une plus courte période.

 

3. Sensibilisation

Les compagnies sont responsables de leurs employés et tous devraient connaitre les risques climatiques auxquels ils sont exposés. Dans le cas présent, l’accent est mis sur la sensibilisation et la formation. La formation des employés devrait comprendre des renseignements sur des mesures générales de prévention et de protection contre les risques liés aux conditions météorologiques, notamment l’exposition à la chaleur. De plus, de multiples facteurs affectent la réaction des gens à la chaleur. Une culture professionnelle qui fait la promotion de l’adaptation et du bien-être est essentielle pour assurer la santé et la bonne productivité de chacun.

 

4. Conformité aux recommandations sanitaires, au minimum

Les recommandations sanitaires pour la protection contre l’exposition à la chaleur sont accessibles au public et sont régulièrement mises à jour. Si les recommandations sont suivies à la lettre et que les employeurs continuent de s’adapter à mesure que les températures grimpent, les coûts associés aux blessures liées au travail causées par la chaleur seront sensiblement inférieurs, et le rendement des entreprises et le bien-être des employés seront maximisés.

 

En faisant des projections climatiques pour des endroits précis, WSP peut fournir des conseils professionnels afin de planifier les mesures d’adaptation pour les personnes qui travailleront dans les conditions météorologiques extrêmes attendues pour le futur. L’expertise en matière de changement climatique au sein de WSP nous offre la possibilité de concevoir des solutions robustes pour gérer l’exposition à la chaleur, minimiser les pertes de productivité et maximiser le bien-être des travailleurs.


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