Les immeubles existants arrivent à la fin de leur vie fonctionnelle, et Antarctica New Zealand espère réaménager la base pour gérer le risque, la mettre aux normes actuelles et répondre aux besoins des scientifiques qui y travaillent. Nous nous sommes entretenus avec Jamie Lester, un ingénieur en structures principal basé à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, de ses expériences comme membre de l’équipe de conception.

BR : Comment WSP Opus en est arrivé à travailler sur la base Scott?

Jamie Lester : Notre participation remonte à l’époque où nous étions le ministère des Travaux publics de la Nouvelle-Zélande, et avons conçu la première base, ouvertes en 1957, pour soutenir l’expédition transantarctique menée par Sir Edmund Hillary. Il y a eu plusieurs mises à jour des immeubles depuis les années 1970, mais puisque certains services essentiels, comme la protection-incendie, ne sont pas conformes aux normes du bâtiment actuelles et que les installations techniques et les matériaux des immeubles présentent de plus en plus de points de défaillance, notre client, Antarctica New Zealand, a préparé une demande motivée visant le réaménagement de la base.

Nous avons obtenu le mandat pour le génie civil et la conception des structures, et travaillons de concert avec trois autres firmes ayant de l’expertise en conception pour les régions froides, les architectes Jasmax and Hugh Broughton Architects, les experts-métreurs Turner and Townsend et les concepteurs d’installations techniques Steensen Varming.

Que comprend le projet?

Le projet actuel consiste à préparer des propositions de concept pour quatre options pour un établissement moderne à faible impact, à la lumière d’études des lieux et des besoins des 100 personnes qui mènent de la base des travaux scientifiques et de protection environnementale de classe mondiale soutenus par le gouvernement de la Nouvelle-Zélande.

Nous avons commencé en novembre dernier, et les concepts sont entre les mains d’Antarctica New Zealand, qui fera une recommandation quant à l’option qu’elle privilégie et présentera une demande motivée détaillée, incluant toutes les options, au gouvernement néo-zélandais plus tard cette année. Nous commencerons ensuite les études préliminaires pour la nouvelle base.

Ce sera un long processus, le début des travaux préparatoires sur place étant prévu pour 2020-2021, et la construction durera jusqu’à huit ans.

La base Scott est située dans un des milieux aux conditions les plus difficiles sur terre. Quels sont les principaux défis pour WSP Opus et la grande équipe de conception et de construction?

En matière de calendrier et de logistique, ce projet est unique en son genre. La saison de construction est vraiment courte, à peine quatre mois de novembre à février durant lesquels il fait assez clair et pas trop froid. Pour en accélérer et en faciliter la construction, la nouvelle base sera modulaire, à l’instar de sa prédécesseure, le plus grand nombre possible d’éléments étant préfabriqués et assemblés avant d’être expédiés de la Nouvelle-Zélande. La glace fait en sorte que la mer n’est navigable qu’à partir de janvier (le milieu de l’été), alors tous les matériaux nécessaires pour l’année suivante doivent être livrés à l’avance pour que la construction puisse démarrer rapidement l’été suivant.

Les fondations posent le plus grand défi structural en raison du pergélisol et de la manière dont il gèle et dégèle, nécessitant une conception qui déroge aux normes pour résister aux conditions différentes. Nous examinons un éventail d’options, dont la construction sur des plateformes en béton ancrées dans le pergélisol, et une méthode largement utilisée au Canada faisant appel à la réfrigération du sol. L’excavation pour les fondations est en fait extrêmement difficile étant donné que la glace est très élastique et donc très difficile à excaver avec une machine. Ça devra être fait avec des explosifs et ça demande beaucoup d’efforts.

Et puis il y a le froid; le climat antarctique est le plus froid sur terre! Quand il fait ‑3 oC, c’est une chaude journée d’été. Quand j’y étais en novembre dernier, il faisait -5 oC mais, avec le facteur éolien, ça ressemblait plus à -19 oC. L’air y est aussi très sec, ce qui a une incidence sur le choix de matériaux pour le projet. Le retrait du bois est un grand problème, tout bois utilisé devant faire l’objet d’un traitement spécial.  

Quelles sont vos impressions de l’île de Ross?

J’y ai passé une semaine en novembre dernier pour me familiariser avec la base, son fonctionnement et son milieu. C’est difficile de décrire l’ampleur du paysage. La base Scott est un grand complexe, mais quand vous atterrissez sur la plateforme de glace, ce n’est qu’un point dans le paysage dans un tout petit coin de la plateforme flottante de Ross.

La base Scott est à environ 3,5 km de la station McMurdo, la base américaine. Abritant près de 1 200 personnes, cette dernière est beaucoup plus grande que la base Scott, et nous travaillerons avec l'équipe du soutien logistique une fois que la construction aura commencé. Nous avons eu l’occasion de rencontrer certains membres du personnel de McMurdo et de nous familiariser avec le fonctionnement de cette station.

Qu’en est-il des changements climatiques et de la planification pour l’avenir?

Nous visons une vie utile de 50 ans pour ces installations et les changements climatiques constituent assurément un important enjeu. À titre d’exemple, il faut en tenir compte dans la sélection de la profondeur et du type de fondations, au cas où la couche active de pergélisol changerait. Nous avons aussi pris en considération l’activité sismique, bien que, historiquement, elle présente un risque très faible dans cette région; mais si la calotte glaciaire se met à fondre, ça pourrait avoir un impact sur les mouvements tectoniques locaux. Puis, il y a le mont Erebus non loin de la base, le volcan le plus actif en Antarctique, en activité continue, bien que de faible intensité. Selon le rapport d’un volcanologue, cette activité a été stable par le passé, mais ça peut changer à tout moment!

Les changements climatiques et les risques naturels sont difficiles à prédire, et nous sommes en constant apprentissage. Mais c’est la raison pour laquelle ce projet est si intéressant.

 


Plus sur ce sujet