Trente années nous séparent de 2050, mais il est peut-être déjà minuit moins une, atmosphériquement parlant. 2050 est l’année limite, nous dit-on, pour opérer la transition vers un monde « à zéro émission nette » et éviter ainsi les pires conséquences des changements climatiques. Mais comment pourra-t-on atteindre ces nobles objectifs dans la pratique? Aussi ambitieux soient-ils, les plans à zéro émission nette ne seront probablement pas adoptés par le plus grand nombre s’ils ne génèrent pas de profits ou s’ils manquent de praticité. En attendant, l’approche à court terme intrinsèque aux marchés financiers, qui devront investir plusieurs milliers de milliards de dollars dans des infrastructures à faible empreinte carbone, semble être en contradiction avec l’application d’un plan sur 30 ans qui offre peu de revenus immédiats.

Il faudra plus qu’une initiative, qu’elle soit d’ordre public ou privé, pour créer un avenir à zéro émission nette. Mais les interactions complexes qui se dessinent entre les institutions financières, les géants de la technologie, les gouvernements municipaux et les acteurs locaux nous laissent entrevoir à quoi le changement transformationnel pourrait ressembler, même dans les secteurs les plus intransigeants.

Penser mondialement, agir localement

Jusqu’à présent, 188 États et l’Union européenne – qui émettent ensemble 97 % du dioxyde de carbone dans le monde – ont ratifié l’Accord de Paris dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Les études scientifiques sont claires : pour éviter les pires risques et conséquences liés aux changements climatiques, nous devons contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». C’est-à-dire que nous devons créer un équilibre « zéro émission nette » entre les émissions de carbone générées par l’homme et leur élimination, au minimum.

Les engagements nationaux peuvent poser les bases de la transition vers l’économie à faible empreinte carbone, mais ils ne représentent qu’une partie de la solution. La route vers un monde à zéro émission nette reposera de plus en plus sur les initiatives locales, ce qui est sensé, car les villes produisent plus de 70 % des émissions de carbone. Non seulement les municipalités et les autorités locales sont responsables des stratégies de planification, mais elles entretiennent aussi des relations plus étroites que les gouvernements nationaux avec les entreprises, les institutions et les citoyens à l’échelle locale, ce qui permet d’appliquer plus rapidement des politiques plus décisives.

« L’objectif "zéro émission nette" pourrait permettre aux gouvernements locaux de retrouver leur rôle d’agents du changement, explique Barny Evans, chef, Lieux durables, énergie et gestion de l’énergie et des déchets chez WSP Londres. Ils se retrouvent tout d’un coup à la tête d’un des projets transformationnels les plus progressistes et les plus complexes de notre époque. »

Bon nombre de municipalités dans le monde se sont engagées à atteindre l’objectif « zéro émission nette » en mettant en place des politiques pragmatiques. En février, le maire de Londres, Sadiq Khan, a promis d’investir 50 M£ dans un « nouveau plan écologique » qui accélérerait de 20 ans le plan zéro émission de carbone de la ville. Londres s’engage maintenant à atteindre l’objectif « zéro émission nette » d’ici 2030 en prenant des mesures pratiques telles que la transition au carburant à faible émission de carbone, l’établissement de zones réservées aux véhicules qui produisent peu de dioxyde de carbone, les exigences carboneutres pour les nouveaux bâtiments et la rénovation des bâtiments actuels.

Dans le même ordre d’idées, Sydney a avancé son objectif « zéro émission » de 2050 à 2040, tandis que Copenhague souhaite devenir la première ville à empreinte carbone neutre nette au monde d’ici 2025. Et il n’y a pas que les grandes villes qui se fixent des objectifs ambitieux. Au Royaume-Uni, Bristol, Oxford, Nottingham et Leeds se sont engagées à atteindre l’objectif « zéro émission nette » d’ici 2030.

Toutefois, il y a souvent un grand décalage entre les objectifs des municipalités et les coûts à investir pour les atteindre. Les autorités locales devront de plus en plus collaborer avec des entreprises privées pour atteindre leurs objectifs, ce qui peut entrainer un nouveau lot de défis.

Le projet qui vise à bâtir un quartier écologique dans le secteur riverain de Toronto en est un parfait exemple. L’organisme Sidewalk Toronto, qui repose sur un partenariat entre Sidewalk Labs (dont Alphabet, la société mère de Google, est propriétaire) et Waterfront Toronto, l’organisme représentant la Ville, les gouvernements provinciaux et fédéral, pourrait avoir la capacité technique d’atteindre l’objectif zéro émission de carbone. Or, celle qu’on surnomme la « ville de l’avenir » s’est heurtée à l’opposition soutenue de sa communauté et à des obstacles politiques importants dès le début du développement de ce projet. Malgré des années de sensibilisation et de mobilisation de l’ensemble de la communauté, le projet subit des pressions sans précédent de la part du grand public.

L’objectif "zéro émission nette" pourrait permettre aux gouvernements locaux de retrouver leur rôle d’agents du changement
Barny Evans chef, Lieux durables, énergie et gestion de l’énergie et des déchets , WSP Royaume-Uni

Les clients ont-ils toujours raison?

La pression du grand public va aussi dans l’autre sens. Les gens comprennent de plus en plus en quoi leurs actes quotidiens influent sur le climat et l’environnement en général. Ce qu’ils veulent maintenant, explique Karol Gobczynski, chef du secteur climat et énergie pour Ingka Group (propriétaire et exploitant de 381 magasins IKEA), c’est que les entreprises leur permettent de réduire leurs incidences sur le climat en leur fournissant des conseils, des solutions simples et de nouvelles technologies.

IKEA s’engage à préserver l’environnement, ce qui signifie qu’elle réduira davantage les émissions de gaz à effet de serre créées par l’ensemble de sa chaine de valeur d’ici 2030. « D’après notre étude des mesures favorables au climat (Climate Action Research)*, 8 personnes sur 10 comprennent l’incidence de l’homme sur les enjeux climatiques et sont prêtes à faire leur part, déclare Karol Gobczynski. Et les gens s’attendent à ce que les entreprises et les gouvernements leur permettent d’agir en ce sens. »

Les clients veulent que les entreprises leur fournissent des solutions qui, non seulement réduisent les effets des changements climatiques, mais leur procurent aussi des avantages personnels, que ce soit sur le plan économique, de la santé ou pour leur rendre la vie plus facile et plus confortable. « Si nous ne répondons pas aux besoins des gens, d’autres le feront, note Karol Gobczynski. Les entreprises qui permettront à leurs clients d’adopter un mode de vie "sans sentiment de culpabilité" sont celles qui gagneront la course au 21e siècle. »

D’après notre étude des mesures favorables au climat, 8 personnes sur 10 comprennent l’incidence de l’homme sur les enjeux climatiques et sont prêtes à faire leur part
Karol Gobczynski chef du secteur climat et énergie, Ingka Group

Le nerf de la guerre : l’argent (et les données)

Afin de tenir leurs promesses, les autorités doivent soutenir non seulement les communautés et les entreprises locales, mais aussi l’ensemble du secteur financier. La demande mondiale en matière de nouvelles infrastructures est estimée à plus de 90 billiards de dollars* entre 2015 et 2030, soit presque le double de la valeur estimée de ce que nous possédons déjà. La vitesse à laquelle les actifs vieillissants, qui produisent beaucoup de dioxyde de carbone, sont remplacés par des solutions plus écologiques dépend des institutions financières qui investissent dans des projets à faible émission de carbone et qui poussent leurs clients à faire de même.

Cette demande accrue en matière d’investissements coïncide avec le fait que les investisseurs reconnaissent de plus en plus l’importance de posséder de l’information environnementale, sociale et de gouvernance de qualité pour gérer les risques liés aux investissements et le rendement du capital investi. Certaines banques centrales, comme la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne, gèrent déjà les risques liés aux changements climatiques de manière structurée. Dans d’autres pays, les risques financiers et physiques associés à la crise climatique n’ont pas été pris assez au sérieux et cela n’a pas échappé aux investisseurs.

Aux États-Unis, plus de trois douzaines de régimes de retraite, de gestionnaires de fonds et d’autres institutions, qui comptent pour près de 1 millier de milliards de dollars en actifs, ont exigé que la Réserve fédérale, la Commission des valeurs mobilières des États-Unis et d’autres agences financières agissent davantage pour que la divulgation des risques climatiques devienne obligatoire, selon des normes. Sans cela, les investisseurs s’inquiètent et les effets des changements climatiques ont des répercussions sur l’économie, ce qui entraine une soudaine chute du prix des actions. Si les entreprises avaient l’obligation de divulguer davantage leurs données environnementales, sociales et de gouvernance, que ce soit concernant leurs émissions de dioxyde de carbone ou la vulnérabilité de leurs actifs en raison de la hausse du niveau des océans, par exemple, les investisseurs pourraient prendre de meilleures décisions et les inciter à réduire leurs émissions afin d’éviter de perdre l’accès à des financements ou à des primes d’assurance abordables.

Beaucoup d’investisseurs, de propriétaires d’actifs et d’entreprises divulguent déjà des renseignements de manière volontaire sur les risques climatiques, sous l’influence des cadres de travail comme le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (GIFCC)*. « Les institutions financières comprennent qu’il est nécessaire d’évaluer les risques climatiques, car elles y sont exposées dans le cadre du GIFCC, explique Michael Mondshine, directeur du développement durable, de l’énergie et des changements climatiques chez WSP Washington (D. C.). Elles ont aussi fait pas mal de progrès en ce sens. » Il souligne que l’entreprise BlackRock qui est spécialisée dans la gestion d’investissements mondiaux et qui gère les plus grands actifs au monde, a créé un précédent en 2019 en envoyant une lettre à ses actionnaires pour les informer que le développement durable deviendrait sa « nouvelle norme d’investissement » et que l’analyse des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance serait au cœur de son plan d’affaires.

BlackRock ne s’est pas engagée à décarboniser ses propres activités, mais elle incite bon nombre d’autres entreprises à le faire. Et, au final, cela a encore plus d’incidences, dit Jonathan Burnston, partenaire en gestion à Karbone, une entreprise de services financiers œuvrant dans le marché de l’énergie. « Si BlackRock explique qu’elle n’investira que dans des entreprises et des fonds d’investissement qui misent sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance, alors ces entreprises et ces fonds s’adapteront pour répondre à ces critères. Ce qu’on espère, dit Jonathan Burnston, c’est que ce type d’incitatif non réglementé imposé par le secteur financier se répercute sur l’économie. »

Ce type de stratégie est prometteur. Bon nombre de fonds d’investissement qui misent sur des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance offrent un meilleur rendement dans l’ensemble du marché cette année. Mais cela ne veut pas dire que l’intégration de ces facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance aux investissements est facile à faire adopter. « Les investisseurs sont de plus en plus nombreux à vouloir obtenir leur part du gâteau, précise Jonathan Burnston. Ils veulent investir dans les énergies propres, par exemple, tout en atteignant un certain seuil de rendement du capital investi, ce qui n’est pas toujours compatible. »

On se rend de plus en plus compte que les investissements qui misent sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance entrainent des coûts supplémentaires, et quelqu’un doit payer pour ça. « Il ne faut pas nécessairement s’attendre à obtenir le même rendement du capital investi avec une stratégie qui met en avant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance qu’avec une autre approche, dit Jonathan Burnston. Le marché dans lequel évolue votre entreprise pourrait croitre si la réglementation rendait ces critères obligatoires à un moment donné, mais pour le moment, dans les faits, cela affecte la rentabilité. »

Cette approche à court terme constitue clairement un obstacle à l’atteinte de l’objectif « zéro émission nette », mais elle ne fait pas nécessairement partie intégrante du monde de la finance, du moins pas d’après les adeptes du concept de la « finance climatique ». Ce concept improbable allie la force des entreprises à celle des actions collectives pour créer des portefeuilles financiers qui respectent l’Accord de Paris. Comme les grands investisseurs et les acteurs des secteurs qui émettent beaucoup de dioxyde de carbone sont nombreux à avoir signé cet accord, le but est de créer un système robuste pour investir dans l’énergie propre. Par exemple, le nouveau centre de la finance climatique, Center for Climate-Aligned Finance*, qui est dirigé par l’organisme à but non lucratif Rocky Mountain Institute spécialisé dans la recherche en développement durable, fait le lien entre certaines des plus grandes institutions financières du monde, des entreprises clientes, des acteurs de l’industrie et des décideurs pour établir de nouvelles règles de mobilisation par secteur.

Les institutions financières comprennent qu’il est nécessaire d’évaluer les risques climatiques, car elles y sont exposées dans le cadre du GIFCC
Michael Mondshine directeur du développement durable, de l’énergie et des changements climatiques, WSP États-Unis

Faire payer les pollueurs

En fin de compte, la réussite des cadres de travail axés sur le climat repose sur la collecte de plus de données environnementales, sociales et de gouvernance. « Au Royaume-Uni, toutes les grandes entreprises doivent maintenant déclarer leurs émissions de dioxyde de carbone en plus de leurs états financiers, déclare Robbie Epsom, directeur adjoint des services-conseils en développement durable chez WSP Londres. Cela veut dire qu’on finira par avoir accès à des données sur les émissions de carbone d’aussi grande qualité que les données financières, car la divulgation est de plus en plus contrôlée. Et quand les données sur les émissions seront devenues aussi transparentes et fiables que les données financières, elles seront probablement taxées. Nous opérons une transition vers un marché qui fait payer les pollueurs, c’est-à-dire dans lequel les taxes sociales seront payées en fonction des dommages qui sont causés, comme les émissions de carbone. » Une fois que cette transition sera terminée, les entreprises qui auront une grande empreinte carbone courront le risque de devoir payer cher pour leurs émissions.

Actuellement, la transition vers un marché qui fait payer les pollueurs est plus visible dans le secteur public. Au Canada, par exemple, afin d’être admissibles à des financements pour la relance verte, dans le cadre de la reprise économique post-COVID-19, les grandes entreprises doivent s’engager à publier annuellement leurs rapports de divulgation de l’information liée aux changements climatiques, en vertu des recommandations du Groupe de travail sur la divulgation financière relative aux changements climatiques (GIFCC). De plus, elles doivent démontrer en quoi leurs futures activités appuieront les cibles nationales relatives au climat et au développement durable, y compris l’atteinte de l’objectif « zéro émission nette » d’ici 2050.

Toutefois, c’est dans le secteur privé, qui est capable d’entreprendre des changements bien plus rapidement que les gouvernements, que les effets de la finance climatique et de la divulgation des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance compteront véritablement. « Les décisions prises par la haute direction d’une entreprise multinationale peuvent avoir des incidences mondiales », explique Robbie Epsom. Il a travaillé sur la stratégie de développement durable d’une des plus grandes entreprises de gestion d’investissements immobiliers au monde. « Si l’on rassemblait tous les actifs corporels en termes d’immobilier et d’infrastructures [de cette entreprise], cela équivaudrait aux actifs d’une ville plus grande que Londres, poursuit-il. C’est gigantesque. Cela veut dire que les décisions prises par une poignée de dirigeants ont autant d’incidences que l’adoption d’une politique par une ville plus grande que Londres, sans les aspects politiques qui y sont associés et en dépit des frontières internationales. »

Au Royaume-Uni, toutes les grandes entreprises doivent maintenant déclarer leurs émissions de dioxyde de carbone en plus de leurs états financiers
Robbie Epsom directeur adjoint des services-conseils en développement durable, WSP Royaume-Uni

Aller plus loin que le « zéro émission »

Il n’y a pas que les éléments financiers qui favorisent l’atteinte de l’objectif « zéro émission nette ». Les technologies aussi. La limitation des émissions ne suffit pas à réduire drastiquement le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, il faut aussi forcément éliminer le dioxyde de carbone qui y est présent. Le problème, c’est que nous n’avons actuellement pas de technologies permettant de capter et de stocker les émissions de carbone afin d’atteindre l’objectif « zéro émission nette ».

L’entreprise Microsoft tire parti de son influence dans ce domaine en cherchant non seulement à ne produire aucune émission de carbone d’ici 2030 (en éliminant les émissions de carbone qu’elle génère), mais aussi en supprimant toutes ses « émissions passées » d’ici 2050, c’est-à-dire toutes les émissions de carbone qu’elle a produit depuis sa création en 1975. Une stratégie zéro carbone implique nécessairement des compensations carbone – nous explorerons ce sujet dans un prochain article –, mais ce qui distingue l’approche de Microsoft, c’est qu’elle mise sur des projets de compensation qui éliminent activement le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère, plutôt que sur ceux qui évitent de créer des émissions. L’entreprise a donc investi 1 milliard de dollars américains pour accélérer l’élaboration de ces technologies.

Alors que Microsoft cherche tout naturellement à obtenir un avantage concurrentiel dans ce domaine, elle a aussi un intérêt particulier à ce que ces technologies évoluent et soient davantage disponibles. Car, sans ces technologies, les efforts mondiaux envers l’atteinte de l’objectif « zéro émission nette » stagneraient, ce qui aurait des effets sur le climat et affecterait les résultats de l’entreprise.

Miser sur la collaboration

Ces exemples de leadership gouvernemental, d’entreprise et sectoriel démontrent dans quelle mesure l’atteinte de l’objectif zéro émission nette sera propulsée, non pas par des solutions unilatérales, mais par la collaboration entre les secteurs, à de multiples échelles.

Les bâtiments en sont un parfait exemple. « Si nous voulons véritablement enclencher la décarbonisation, nous devons faire en sorte que tous les nouveaux bâtiments respectent l’objectif zéro émission nette d’ici 2030, explique Fin MacDonald, gestionnaire de la norme du bâtiment à carbone zéro du Conseil du bâtiment durable du Canada. Pour cela, nous devons concevoir des nouveaux bâtiments qui respectent la norme zéro émission nette d’ici 2025. Cela signifie que, pour vos prochains projets, vous devrez absolument envisager d’atteindre l’objectif zéro émission nette. »

Or, les équipes qui conçoivent les bâtiments ne travaillent pas de manière isolée. Il est bien plus probable que les projets liés aux bâtiments atteignent l’objectif zéro émission nette si des politiques et des signaux de marché adéquats sont en place. La conformité volontaire à des certifications, comme le respect de la norme du bâtiment à carbone zéro, de la norme LEED zéro*, des codes du bâtiment et des politiques de planification à l’échelle locale, peut encourager les propriétaires de bâtiments à mettre en place des pratiques de construction « zéro émission nette » pour leurs futurs projets.

L’accord pour la construction de bâtiment à zéro émission nette* (Net Zero Carbon Buildings Commitment) du World Green Building Council vise à encourager l’adoption de ces codes et politiques. Il incite les entreprises, les municipalités et même les régions tout entières à concevoir des plans pour exercer des activités à zéro émission nette dans le cadre de leurs portefeuilles d’ici 2030, et pour favoriser l’atteinte de l’objectif zéro émission nette pour la construction des bâtiments d’ici 2050. Jusqu’à présent, près de 100 entités ont signé cet accord, du cabinet d’architecture Foster + Partners à l’État de la Californie.

S’il semble que la multitude d’initiatives et de cadres de travail ajoute de la complexité à un domaine déjà compliqué, la nouvelle campagne Objectif zéro de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques permet de clarifier les engagements liés à l’objectif « zéro émission nette » en les comparant entre eux. Elle normalise ainsi la « ligne de départ » pour les entreprises qui se lancent dans la course au « zéro émission nette ». Jusqu’à présent, quelque 996 entreprises, 458 municipalités, 24 régions, 38 investisseurs et 505 universités participent à cette campagne, qui, tous ensemble, représentent plus de 25 % des émissions de dioxyde de carbone au monde.

Si nous voulons véritablement enclencher la décarbonisation, nous devons faire en sorte que tous les nouveaux bâtiments respectent l’objectif zéro émission nette d’ici 2030
Fin MacDonald gestionnaire de la norme du bâtiment à carbone zéro, Conseil du bâtiment durable du Canada

Concevoir pour l’avenir et au-delà

L’objectif « zéro émission nette » n’est pas qu’une question de contrôle des émissions de carbone. Il entraine d’autres avantages. « L’un des plus grands avantages d’un bâtiment à carbone zéro, c’est qu’il est conçu pour l’avenir, explique Fin MacDonald du Conseil du bâtiment durable du Canada. C’est-à-dire qu’il ne nécessitera pas de rénovations coûteuses, qu’il est protégé contre la hausse des prix du carbone, qu’il est doté d’une enceinte robuste et qu’il offre des services résilients aux changements climatiques. » Sa valeur sera aussi renforcée au fil du temps, puisqu’il procurera plus de confort et de satisfaction aux usagers, verra son taux de location augmenter et permettra de réduire les coûts énergétiques.

Les organismes et les infrastructures à zéro émission nette comportent bon nombre d’autres avantages indirects : de l’amélioration de la qualité de l’air à l’augmentation de la biodiversité et à l’offre de meilleures solutions en matière de mobilité et d’hébergement. Cette perspective plus vaste est essentielle pour justifier la transition vers l’objectif zéro émission nette. (Dans d’autres articles de cette série, nous explorerons les synergies entre l’atteinte de l’objectif « zéro émission nette » et d’autres priorités environnementales et sociales.)

 Le défi du « zéro émission nette » est grand, mais ses retombées potentielles le sont d’autant plus. La gestion de la crise climatique et de la reprise économique post-COVID nous donne l’occasion de créer une « meilleure normalité », de bâtir une économie plus prospère et plus durable à long terme et d’améliorer la qualité de vie pour un plus grand nombre de personnes à plus d’endroits.

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