Les villes conscientes : relier neuroscience, architecture et technologie

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Article par Mark Bessoudo*

Est-ce que la neuroscience renferme des leçons sur le cadre bâti? Si c’est le cas, comment ces enseignements peuvent-ils être utilisés pour créer des espaces urbains et des technologies qui améliorent la santé et le bien-être des humains? Et dans quelle mesure l’industrie et la gouvernance peuvent-elles contribuer à l’atteinte de ces objectifs?  

Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses questions qui ont été débattues à la conférence sur les villes conscientes (Conscious Cities Conference) à laquelle j’ai assisté, à Londres, au début du mois de mai. 
Les « villes conscientes » constituent un concept assez nouveau qui propose de remplacer l’accent traditionnellement mis sur l’efficience dans le cadre bâti par un accent sur la santé et le bien-être. Il examine en outre comment des avancées en analyse de données, en intelligence artificielle et en sciences cognitives peuvent aider à créer des cadres bâtis plus dynamiques, conscients des besoins des personnes et pouvant s’adapter à ces derniers. Pour reprendre les mots d’un des cofondateurs du mouvement des villes conscientes, « la neuroscience peut éclairer la conception et la faire passer d’efficiente à efficace. »
Comme l’indique clairement le thème de la conférence de cette année, Bridging Neuroscience, Architecture and Technology (Relier neuroscience, architecture et technologie), l’événement réunissait des chefs de file des domaines de la neuroscience cognitive, de l’architecture, de l’urbanisme, de l’informatique et du génie. Les sujets abordés ont offert de nombreuses leçons pour les professionnels de la construction.<

La ville comme prolongement de l’esprit
Pensons-y : la ville existe comme un prolongement du système nerveux, une sorte de « prolongement de l’esprit ». La technologie influence non seulement la conception et le fonctionnement d’une ville, mais aussi comment nous percevons et vivons l’environnement urbain et interagissons avec lui. Il existe de nombreux exemples : en plus d’influencer comment nous naviguons dans la ville, Google Maps a littéralement changé les processus associés à la mémoire de nos cerveaux et notre capacité de navigation; l’Internet sans fil a changé comment les humains interagissent dans (et avec) l’espace public et les lieux de ventes de détail, en changeant par exemple la nature des cafés et restaurants, où les gens s’attardent parfois de longs moments. D’autres technologies nouvelles plus avancées de « réalité améliorée » influenceront encore davantage la conception, la construction et le fonctionnement des immeubles et des infrastructures, ainsi que l’expérience qu’ils suscitent, et nous commençons à peine à comprendre comment ces changements s’exerceront.

La psychologie dans la rue
Plusieurs expériences dans le monde réel ont exploré comment la perception des gens est influencée dans différents milieux urbains. Ces expériences  de « psychologie dans la rue » mesurent l’expérience et les interactions des humains dans l’environnement urbain. Elles ont démontré le conflit qui existe entre comment il est prévu que les espaces soient utilisés ou perçus et comment ils sont vraiment utilisés ou perçus. À titre d’exemple, des données de source collective recueillies sur la perception qu’ont les gens de différents types de façades ou de paysages de rue (et les comportements qu’elle suscite) peuvent être utilisées pour créer des espaces qui encouragent les gens à marcher davantage. Ce type d’intrants à la conception basés sur l’humain gagnera en importance avec l’adoption de technologies de ville intelligente qui favorisent la santé et l’accent accru que nous mettrons sur la santé et le bien-être.

Du concept à la pratique
Avec un secteur des villes intelligentes (ou des « services urbains avancés ») estimé à de 1 000 à 3 000 milliards $, comment réduire l’écart entre la recherche et la commercialisation? Comment concrétiser le concept des villes conscientes? Une des propositions les plus pragmatiques mises en avant est l’élaboration d’une « norme de conception consciente ». Un modèle préliminaire et rudimentaire d’élaboration et d’utilisation d’une telle norme a été proposé, qui comprend ce qui suit :

  1. l’établissement des profils spatiaux et cognitifs nécessaires à l’atteinte du résultat ou de l’objectif souhaité (p. ex. bien-être, productivité, santé physique);
  2. la sélection des paramètres de mesure pour les affordances cognitives (p. ex. calme, autonomie, motivation, engagement, inclusion, empathie) et les niveaux de confort (p. ex. visuel, thermique, mobilité, ergonomie, qualité de l’air) associés à ces objectifs;
  3. l’amélioration continue par la collecte et l’analyse de données et l’intervention par la conception.

Les prochaines étapes
Si d’autres travaux sont nécessaires pour convertir ces concepts en applications pratiques, il est clair que les avancées en neuroscience et en technologie auront des conséquences profondes sur différents aspects de l’art urbain. Ces changements se produiront vraisemblablement à une échelle et à une vitesse que nous commençons à peine à comprendre. Des questions reliées aux risques, comme la sécurité et la protection de la vie privée, joueront également un rôle important dans l’évolution du concept de villes conscientes.
Pour plus de renseignements sur le mouvement des villes conscientes et ses répercussions sur le travail que nous faisons chez WSP, je vous encourage à consulter les articles ci-dessous:

*Mark Bessoudo est gestionnaire de recherche pour l’équipe Développement Durable et Énergie chez WSP à Toronto