Façonner le monde

Découvrez comment Marie-Claude Dumas a débuté dans le domaine des STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) – où elle s’est passionnée pour l’équilibre entre les sexes – et quels seraient ses conseils pour les aspirantes ingénieures.

Marie-Claude Dumas

DIRECTRICE MONDIALE, PROJETS ET PROGRAMMES MAJEURS / DIRIGEANTE DE MARCHÉ – QUÉBEC
Sponsor mondiale, Diversité et inclusion

 

Pourquoi êtes-vous devenue ingénieure?

Pour être honnête, quand j’ai obtenu mon diplôme, je n’étais pas tout à fait sûre de ce que je voulais faire. J’aimais les maths et les sciences mais je savais que je ne convoitais pas une carrière médicale, la carrière scientifique par excellence à mes yeux. Une fois que j’ai appris à connaître le domaine de l’ingénierie, j’ai été intriguée, alors je me suis inscrit à Polytechnique, ici à Montréal. C’est là que j’ai exploré non seulement le volet théorique de cette discipline, mais aussi le volet technique (lié aux projets). J’ai également appris l’impact positif que mon travail pouvait avoir. Je garde un souvenir impérissable de mes années de formation. Par exemple, j’ai pu me rendre en Équateur avec neuf autres étudiants de Polytechnique pour construire des canaux d’irrigation pour un petit village. C’était l’une des premières fois que je voyais se réaliser un projet du début à la fin – et le tout se déroulait en dehors du cadre traditionnel d’une salle de classe.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce domaine?

Beaucoup de choses, vraiment, mais l’aspect qui me rend le plus fière est le fait que mon travail est extrêmement gratifiant. Par exemple, j’ai été chef de projet adjointe pour le projet de l’Hôpital Sainte-Justine à Montréal en 2012–2013, qui se trouve à être aussi l’hôpital où mes enfants sont nés. C’est incroyable de voir les résultats de notre travail et de savoir que nous influons positivement sur la vie des gens, en améliorant leur qualité de vie. Une autre chose formidable dans le monde de l’ingénierie – qui est en fait un monde de projets – c’est que chaque jour est différent. J’aime le fait de travailler sur des projets qui m’emmènent dans divers coins du monde : j’ai ainsi l’occasion de découvrir différents marchés et de rencontrer une variété de personnes.

 

Si vous pouviez résumer en quelques mots votre carrière jusqu’à présent, comment le feriez-vous?

Si je devais utiliser quelques mots clés pour résumer ma carrière, je dirais qu’elle a été placée sous le signe de la passion et de la détermination. J’ai suivi un cheminement un peu inhabituel après avoir terminé mon baccalauréat en génie civil. Bien que j’aie décroché une maîtrise en ingénierie à Polytechnique immédiatement après, j’ai ensuite décidé de poursuivre un MBA à HEC Montréal après avoir travaillé pendant quelques années. Tout au long de ma carrière, j’ai occupé de nombreux postes opérationnels différents, y compris différents emplois liés aux projets et à la gestion d’unités d’affaires, mais aussi des rôles dans des fonctions de soutien à l’entreprise, comme les finances et les RH. En d’autres termes, j’ai acquis une expérience relevant à la fois du volet technique et du volet entreprise dans l’univers de l’ingénierie. J’ai pu combiner mon intérêt pour la science et l’ingénierie avec mes compétences en gestion, en évoluant avec succès dans les deux mondes, ce qui m’a finalement conduite au poste que j’occupe actuellement chez WSP. 

 


 
Lors de la constitution des équipes, il est important d’inclure des personnes d’horizons différents, car la diversité de réflexion permettra d’apporter des solutions innovantes et d’éviter les angles morts. Chez WSP, nous examinons toujours les défis complexes sous différents angles. Toutefois, afin de mettre de l’avant des solutions holistiques et avant-gardistes, nous devons recruter et former des groupes d’ingénieurs diversifiés

 

Quel a été le moment le plus marquant de votre carrière jusqu’à présent?

Je ne peux pas exactement déterminer un moment décisif dans ma carrière. Je dirais qu’il s’agit davantage d’une série de moments qui m’ont menée là où je suis aujourd’hui. Ma carrière est l’aboutissement d’une combinaison d’opportunités mises à ma disposition par mes employeurs, en plus de celles que j’ai dû créer pour moi-même. J’ai passé beaucoup de temps à vendre mes compétences et à prouver que j’étais plus que capable d’assumer des rôles hiérarchiques, comme celui de chef de projet, qui revenaient généralement aux hommes. Lorsqu’on m’a demandé d’assumer des fonctions liées au personnel, telles qu’en ressources humaines, j’ai accepté de le faire et j’ai beaucoup appris, mais j’ai toujours veillé à ce que la porte reste ouverte pour que réintégrer ces postes hiérarchiques que je convoitais.

 

Quels sont les principaux obstacles auxquels vous avez été confrontée en tant que femme dans ce domaine (tout au long de votre carrière ou à un moment précis)? Et qui vous a aidée à les surmonter?

Tout au long de ma carrière, je me suis rendu compte que les organisations, ainsi que les domaines plus larges des STIM, sont marqués par des préjugés inconscients. Cela signifie qu’en tant que femmes, nous devons travailler plus dur que nos pairs masculins pour créer nos propres opportunités dans les postes opérationnels. Cependant, les entreprises se rendent maintenant compte qu’elles ont la responsabilité de donner aux femmes des chances égales sur le plan du développement de carrière.

 

Quelles sont les possibilités qui s’offrent actuellement aux femmes dans les domaines des STIM?

Toutes les possibilités s’offrent aux femmes actives dans les domaines des STIM. Les femmes sont les bienvenues dans tous les secteurs, de l’intelligence artificielle à l’ingénierie, en passant par la fabrication. Les choses évoluent, mais les dirigeants d’entreprises doivent être résolument convaincus de l’importance de l’équilibre entre les sexes pour que cet objectif se concrétise à part entière. Ainsi, lors de la constitution des équipes, il est important d’inclure des personnes d’horizons différents, car la diversité de réflexion permettra d’apporter des solutions innovantes et d’éviter les angles morts. Chez WSP, nous examinons toujours les défis complexes sous différents angles. Toutefois, afin de mettre de l’avant des solutions holistiques et avant-gardistes, nous devons recruter et former des groupes d’ingénieurs diversifiés.

 

Une carrière ne ressemble pas à une échelle, cela s’apparente davantage à un plan de métro. Nous devons donc favoriser la diversité au sein de notre organisation, en donnant à chacun les opportunités qu’il ou elle mérite.

 

Que diriez-vous aux jeunes filles qui souhaitent faire carrière dans les STIM? 

Le monde a besoin de plus d’ingénieurs! De nombreux défis attendent les jeunes qui se destinent à une carrière en génie; c’est une profession fascinante, et c’est vous qui détenez les solutions. Bien sûr, je suis partiale, mais je pense qu’un baccalauréat en génie est un excellent diplôme de premier cycle si vous souhaitez vous attaquer à des problèmes d’envergure, car il s’agit de trouver des solutions innovantes aux plus grands problèmes de la société. Il y a tellement de voies différentes qu’on peut emprunter en tant qu’ingénieur; en effet, nous œuvrons dans de nombreux domaines, comme la biotechnologie, la pharmacie et l’aérospatiale, et le diplôme conférera aux jeunes filles toutes sortes d’opportunités.

 

Pourquoi avez-vous accepté de devenir sponsor de la diversité et de l’inclusion au sein de WSP? 

Je me sens privilégiée d’avoir la chance de favoriser le changement nécessaire que nous voulons voir émerger dans notre industrie. J’ai accepté le rôle de sponsor parce que je sais que notre président et chef de la direction, Alexandre L’Heureux, croit en l’importance de la cause et voit vraiment la valeur de la diversité et de l’inclusion. Pour lui, ce n’est pas une question de rectitude politique et il sait qu’il existe opportunités d'amélioration dans notre entreprise sur ce plan. Je me réjouis de le soutenir et de travailler avec nos dirigeants pour mettre en place les « équipes de demain ». Ces équipes diversifiées apporteront des perspectives nouvelles, conduisant à des solutions innovantes qui, en fin de compte, aideront la société à prospérer. 

 

Quel est votre premier objectif dans ce rôle? 

Je veux d’abord reconnaître ce que WSP a déjà fait en matière de diversité et d’inclusion. Avec une initiative sur l’équilibre entre les sexes lancée en 2016 et des objectifs ambitieux fixés dans notre Plan stratégique mondial 2019–2021, nous avons entamé le chantier nécessaire pour garantir que les femmes disposent des occasions qu’elles méritent au sein de l’industrie. Cependant, la représentation des femmes n’est qu’une facette de la diversité et de l’inclusion; mon rôle est d’aider à favoriser la diversité à grande échelle requise dans les domaines des STIM.  

L’un de mes principaux objectifs dans ce rôle est de travailler avec nos régions pour examiner comment nous pouvons diversifier nos équipes de direction, car le véritable changement commence au sommet. À long terme, la diversité et l’inclusion doivent être intégrées dans les critères de constitution de nos équipes de projet et de gestion; les dirigeants doivent examiner les domaines où des possibilités de développement peuvent être offertes. Une carrière ne ressemble pas à une échelle, cela s’apparente davantage à un plan de métro. Nous devons donc favoriser la diversité au sein de notre organisation, en donnant à chacun les opportunités qu’il ou elle mérite. Cela peut amener les candidats à un poste plus élevé ou même à une équipe différente au sein de l’organisation. En d’autres termes, nous devons entretenir une vision plus large du développement et promouvoir des candidats diversifiés au sein de notre entreprise, plutôt que de simplement recruter de l’extérieur. 

J’entends souvent dire que « si nous mettons une femme aux commandes, ce doit être la bonne; elle doit tenir ses promesses et ne peut pas échouer parce que cela rendra les choses plus difficiles pour les autres femmes qui tentent d’accéder à des postes de direction ». Je suis d’accord pour dire que nous devons mettre en place des candidats compétents, hommes ou femmes, mais nous devons aussi cesser d’accorder tant d’attention aux échecs des femmes. Après tout, lorsqu’un homme en position d’autorité échoue ou perd de l’argent, nous n’hésitons pas une seconde à le remplacer par un autre homme. Les femmes doivent être traitées de la même manière. J’aimerais bien constater des progrès pour que ce « deux poids deux mesures » disparaisse. 

 

Sachant ce que vous savez aujourd’hui, quels conseils donneriez-vous à une jeune femme en début de carrière? 

Je lui dirais de s’amuser! De choisir des projets auxquels elle croit et de ne pas faire de compromis sur ses valeurs fondamentales. Travailler dur, ce n’est pas un purgatoire si vous êtes passionné-e-s par ce que vous faites. Lorsque vous travaillez sur un projet qui fait une différence dans le monde, vous voulez en faire plus. Et la gratification se répercute sur tous les membres de l’équipe. 

Je lui dirais aussi qu’il faut s’assurer de prendre soin de son bien-être mental et physique. Conjuguer carrière et vie personnelle n’est pas toujours de tout repos, alors il faut s’assurer de se déconnecter et de recharger ses batteries de temps en temps.

 

Le thème de la Journée internationale des femmes en génie de 2020 est « Shaping the World » (façonner le monde). En cette période marquée par une multitude de changements, comment voyez-vous les femmes façonner le monde? 

Je n’aime pas généraliser, mais la façon dont je vois les femmes façonner le monde passe par la prise de décisions dans leurs entreprises respectives. La première étape pour atteindre l’équilibre entre les sexes dans les secteurs STIM est de donner aux femmes un siège à la table où se prennent les grandes décisions. Les portes sont désormais ouvertes, il suffit d’en franchir le pas!