Pour répondre à la demande d’électricité canadienne d’ici 2050, le gouvernement fédéral estime qu’il faudra une capacité de production de nouvelle électricité verte qui varie entre 140 et 190 gigawatts (GW).
L’atteinte de cette cible peut sembler moins décourageante lorsqu’on la répartit à l’échelle du pays. Mais qu’en est-il des régions qui, en fonction des nouveaux développements et de l’élimination des combustibles à base de carbone, ont besoin d’une grande partie de cette nouvelle capacité de production d’électricité? Il faut savoir que la centrale solaire la plus importante au pays produit 465 mégawatts (MW) (en anglais seulement) alors que le parc éolien le plus important produit pour sa part 495 MW (en anglais seulement). Les occasions de nouvelle production d’hydroélectricité à grande échelle sont peu nombreuses et une grande partie se fait dans les régions au nord des provinces ou des territoires.
Maintenant, prenons l’exemple de la centrale nucléaire de Darlington en Ontario. Elle produit un peu plus de 3 500 MW et a la taille d’un grand centre commercial (en anglais seulement). Il s’agit d’un terrain que la plupart des grandes villes peuvent trouver sur leur territoire ou à proximité, et sur lequel on pourrait produire suffisamment d’électricité pour environ 2,5 millions de foyers.
C’est l’une des nombreuses raisons qui font en sorte que plusieurs provinces canadiennes discutent de la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires à grande échelle. Des provinces comme l’Ontario et la Saskatchewan reconnaissent les limites des petits réacteurs modulaires pour répondre aux demandes d’énergie à grande échelle et tirent parti de l’expertise du Canada dans la technologie des réacteurs CANDU pour moderniser et augmenter leur capacité nucléaire. Les petits réacteurs modulaires demeurent utiles pour alimenter les régions nordiques ou les utilisateurs à haute capacité comme les centres de données, car ils nécessitent des investissements en immobilisations plus faibles et une durée de construction réduite.
Leçons apprises
Cela fait 32 ans que le réacteur no 4 de la centrale nucléaire de Darlington d’Ontario Power Generation (OPG) est entré en service. Il s’agit du dernier projet d’ajout de nouvelle production d’énergie nucléaire dans le réseau électrique du pays. Le Canada a tiré de précieuses leçons au sujet de la construction d’installations de production d’énergie nucléaire, surtout en ce qui concerne l’importance de gérer les coûts et les délais, et la collaboration avec les intervenants. Ces leçons ont d’ailleurs servi dans divers projets de réfection, comme ceux des centrales de Bruce Power et de Darlington, qui ont démontré que l’industrie était en mesure de réaliser des projets complexes en respectant les échéanciers et les budgets. Les deux projets ont créé des milliers d’emplois, appuyé la croissance économique et contribué à la stabilité énergétique à long terme de l’Ontario.
Fort d’un bilan positif pour notre industrie et d’un accès à une expertise internationale dans les projets de nouvelles constructions, le secteur nucléaire canadien est mieux placé que jamais pour construire d’importantes installations d’énergie nucléaire qui alimenteront le réseau d’énergie propre de demain.
Penser au cycle de vie
Bien sûr, il ne suffit pas de trouver un site, d’obtenir les investissements et de commencer la construction. Il faut également tenir compte des questions d’acceptabilité sociale et de licence relative à l’environnement, et prévoir des efforts de mobilisation en ce sens.
Pour mener à bien ces démarches, il faut donc considérer l’ensemble du cycle de vie de la centrale. L’analyse du cycle de vie (ACV) fournit une évaluation exhaustive des effets environnementaux, économiques et sociaux sur toute la durée de vie d’une nouvelle installation nucléaire (c’est-à-dire, de la construction à la mise hors service en passant par la gestion des déchets). L’ACV appuie un développement d’énergie nucléaire durable et responsable.
Les mêmes questions se posent pour d’autres technologies d’énergie renouvelable à mesure qu’elles arrivent à la fin de leur cycle de vie. Des préoccupations sont soulevées lorsqu’il n’y a pas de plan d’élimination sécuritaire et écologique des composants. Lorsqu’émergent des technologies d’énergie renouvelable, l’élimination et le recyclage des matériaux ne sont pas toujours une priorité. Cependant, dans le contexte de développement actuel, il est très important de savoir comment les matériaux seront utilisés à la fin de leur durée de vie utile.
Dans le secteur nucléaire, la nécessité d’effectuer une analyse du cycle de vie complet s’applique tant aux petits réacteurs modulaires qu’aux grandes centrales, même si leur taille et leur conception diffèrent. Dans le cas des petits réacteurs modulaires, l’ACV permet d’examiner la nature modulaire et les calendriers de construction réduits. Pour les grandes centrales, elle permet d’évaluer les matériaux de grande taille et les besoins opérationnels.
Lors de l’ACV d’une centrale, la gestion du combustible usé est souvent un casse-tête. Contrairement à la mise hors service ou au recyclage des matériaux de construction, le combustible usé nécessite des solutions à long terme en raison de sa grande radioactivité et de sa longue période de désintégration. La manipulation sûre, le stockage sécurisé et l’élimination finale exigent des systèmes robustes, comme les dépôts géologiques en profondeur. Ces derniers sont considérés comme la meilleure solution pour le stockage du combustible usé, car ils offrent une méthode sûre et à long terme pour isoler les déchets radioactifs de l’environnement, en utilisant des formations rocheuses stables et de multiples barrières techniques pour empêcher la contamination pendant des milliers d’années.
Après un processus de sélection de 20 ans, la Société de gestion des déchets nucléaires (SGDN) a choisi un site dans le nord de l’Ontario pour traiter et stocker le combustible nucléaire usé. À mesure que le Canada augmente sa capacité de production d’énergie nucléaire, la SGDN planifie en prévision de l’augmentation des volumes de déchets, en veillant à ce que la conception des dépôts géologiques en profondeur puisse répondre aux besoins actuels et futurs. Par cette approche proactive, le Canada démontre l’adoption de pratiques exemplaires internationales pour gérer les déchets nucléaires de manière responsable à mesure que l’industrie se développe. La SGDN prévoit aménager un autre dépôt géologique en profondeur pour gérer le combustible usé provenant des réacteurs autres que les CANDU ainsi que les déchets à activité intermédiaire et élevée.
La résolution et l’adoption des dépôts géologiques en profondeur comme solution pour le stockage à long terme des déchets ont contribué à l’acceptation et à l’essor de l’énergie nucléaire comme moyen d’alimenter le Canada dans les décennies à venir.
Ce virage vers une économie propre provient de l’urgence de trouver des sources d’énergie fiables et non polluantes non seulement pour répondre à la demande croissante d’électricité, mais aussi pour atteindre les objectifs climatiques fondés sur l’électricité produite par le réseau. Grâce à la diligence avec laquelle les acteurs de l’énergie nucléaire ont remédié aux lacunes du passé, l’industrie est maintenant bien placée pour jouer un rôle important dans la transition énergétique du Canada.