Toutefois, à mesure que les programmes de villes intelligentes passent du concept à la construction, puis à l’exploitation, le défi évolue. La question n’est plus seulement de disposer des bonnes technologies, mais de savoir si les villes sont en mesure d’en tirer parti pour prendre de meilleures décisions, renforcer les services et obtenir des résultats mesurables au fil du temps.
Le prochain défi des villes intelligentes ne sera pas que numérique, mais opérationnel
La réussite des villes intelligentes est souvent mesurée à l’aide d’indicateurs de progrès visibles : installation de plateformes, création de tableaux de bord, déploiement de capteurs et collecte de données. Ces leviers importants ne suffisent toutefois pas à les rendre plus intelligentes.
La véritable mesure est plutôt l’effet des investissements numériques sur le fonctionnement de la ville. Pensons à sa rapidité d’intervention, à la coordination efficace de ses services, à la gestion de ses infrastructures et à l’expérience urbaine qu’elle offre à la population.
C’est là que surgissent les questions les plus complexes. Les systèmes peuvent être acquis et les actifs livrés, mais leur valeur opérationnelle repose sur des fondements moins visibles : la prise en charge, la responsabilité, la gouvernance, les compétences, les processus et la capacité à utiliser les données pour prendre des décisions concrètes.
L’interopérabilité des données l’illustre bien. En apparence technique, elle soulève des questions opérationnelles fondamentales : qui possède les données, qui en garantit la qualité, qui peut agir à partir de celles-ci et comment elles éclairent la gestion quotidienne de la ville.
Sans clarté, la technologie risque d’accroître la complexité plutôt que la performance.
Intégrer la préparation avant le transfert
La préparation opérationnelle est souvent reléguée à la fin du projet, une fois les actifs, les fournisseurs, les contrats et les systèmes technologiques en place. Or, à ce stade, bon nombre des décisions qui influenceront le fonctionnement de la ville auront déjà été prises.
Une fois la ville opérationnelle, les processus peuvent être figés, les rôles, encore flous, et les choix technologiques peuvent faire en sorte que les exploitants aient du mal à adapter les méthodes de travail. Ce qui paraît efficace pendant la réalisation peut ainsi devenir un irritant pour l’exploitation à long terme.
Cette situation peut entraîner un chevauchement des responsabilités, une duplication des fonctionnalités et une augmentation des coûts sur l’ensemble du cycle de vie. Ou encore, des solutions numériques peuvent être mises en place sans qu’aucune équipe ne soit clairement chargée de les gérer ni ne dispose des outils ou des moyens nécessaires pour le faire. Dans les environnements plus complexes, des exigences opérationnelles négligées à la conception peuvent aussi produire des installations, systèmes ou fonctions de soutien incapables d’atteindre la performance attendue une fois la ville en service.
La préparation ne devrait donc pas être un simple volet du transfert, mais un principe de conception qui oriente dès le départ les décisions relatives aux systèmes, à la gouvernance, aux services, aux capacités et aux modèles commerciaux.
Lorsqu’on les intègre en amont, les considérations opérationnelles permettent aux villes d’évoluer, de s’adapter et de répondre aux besoins changeants sans complexité inutile.
Des disciplines interreliées pour de meilleurs résultats
Pour créer une ville intelligente, il ne suffit pas de superposer une couche technologique à un environnement urbain. Une ville intelligente est le fruit d’une vision opérationnelle commune réunissant la planification, les infrastructures, le transport, les bâtiments, l’énergie, l’environnement, la gestion des actifs, les services-conseils numériques et l’exploitation.
Cette collaboration est essentielle dès le départ. Les urbanistes doivent avoir une vision claire des services que la ville devra être en mesure d’offrir. Les équipes d’ingénierie doivent disposer d’indications sur les performances attendues des actifs. Les spécialistes du numérique doivent concevoir les environnements de données en fonction des besoins opérationnels réels. Enfin, les exploitants et les gestionnaires d’actifs doivent avoir leur mot à dire sur les systèmes et les conditions dans lesquels ils devront travailler.
L’intelligence artificielle et l’automatisation peuvent soutenir les décisions prédictives, optimiser les processus et accroître la réactivité, mais elles exigent aussi une gouvernance rigoureuse et une responsabilité humaine clairement définie.
Pour créer de la valeur de façon responsable, les villes assistées par l’IA doivent s’appuyer sur une saine intendance des données, des pouvoirs décisionnels et des modèles opérationnels clairs, ainsi que sur la capacité d’interpréter les données en contexte. Ces fondements gagnent en importance à mesure que la technologie progresse.
L’occasion est considérable pour le Moyen-Orient, où le développement, l’expansion ou la transformation de nombreux programmes urbains s’accélèrent. La région peut ainsi intégrer l’intelligence opérationnelle à la planification urbaine dès le départ, plutôt que d’ajouter des solutions intelligentes après coup.