La rénovation peut redonner vie à des centres urbains abandonnés et être le catalyseur d’une approche d’urbanisme plus durable, explique Martin Sing.
Rénover est l’occasion de réinventer
Transformer notre parc immobilier existant sera essentiel pour faire face à la crise climatique. Les humains ont tendance à se débarrasser de ce dont ils ne veulent plus. Cela est dû au fait que l’économie financière a toujours été le principal moteur : nous avons longtemps cru [MS1.1][MS2.1]qu’il était moins coûteux de détruire un vieux bâtiment et d’en reconstruire un autre que de le rénover. Mais nous vivons maintenant à une époque où il faut tenir compte du carbone. De ce point de vue, nous ne pouvons pas nous permettre de démolir des actifs existants. Nous devons trouver un mécanisme pour évaluer leur teneur en carbone et l’intégrer à notre prise de décisions. Ce défi vient aussi avec une occasion : celle de réinventer nos villes et nos sociétés et de redynamiser nos quartiers des affaires.
Un environnement de travail hybride contribue à réduire la duplication de l’espace de vie et de travail.
Martin Sing
Responsable de marché – Énergie et durabilité, Canada
Martin Sing
Responsable de marché – Énergie et durabilité, Canada
Convertir des bureaux en logements pourrait renouveler les quartiers des affaires
La pandémie de COVID a mis en lumière un problème d’urbanisme, particulièrement en Amérique du Nord. Nous avons toujours séparé les quartiers des affaires des quartiers résidentiels, et l’essor du travail hybride a fait mal aux centres-villes. Avec la baisse de l’achalandage, plusieurs commerces et restaurants ont dû réduire leurs activités ou fermer. Mais du point de vue du carbone, forcer les gens à revenir au bureau n’est pas nécessairement l’avenue à emprunter, puisque cela implique un usage de l’environnement bâti à temps partiel. Si nous nous rendons au bureau pendant huit heures tous les jours, nos maisons sont vides et consomment de l’énergie. À l’inverse, un environnement de travail hybride contribue à réduire la duplication de l’espace de vie et de travail, ce qui diminue les besoins en espace. En rénovant ces édifices de bureaux en trop pour les rendre polyvalents, notamment en y ajoutant des logements, nous pouvons diversifier nos centres urbains et redynamiser leurs économies.
Diversifier les centres-villes peut réduire les émissions liées aux infrastructures
Le fait d’adopter le mode de travail hybride et d’avoir des centres urbains diversifiés peut également réduire la demande de transport, parce que les gens habitent à proximité de leur travail ou parce qu’ils se déplacent moins souvent. Lorsque les déplacements sont plus courts et moins fréquents, les modes de transport alternatifs deviennent plus pratiques. De même, cela contribue à réduire les émissions associées aux véhicules et l’empreinte carbone intrinsèque des infrastructures nouvelles ou agrandies.
L’utilisation plus efficace de notre environnement bâti se traduit aussi en économies d’eau et d’énergie. Nous pouvons prolonger la durée de vie des infrastructures existantes et réduire le nombre d’infrastructures à construire pour répondre aux besoins des communautés grandissantes. Tout cela nous rapproche de notre objectif visant à décarboner les bâtiments et les réseaux de transport, car nous n’avons pas besoin de générer autant d’électricité renouvelable pour les alimenter.
L’urbanisme durable (re)déplace les fonctions là où elles utiliseront le moins d’énergie…
L’électrification fait grimper la demande d’électricité propre et renouvelable, mais faute d’investissements accrus, notre capacité à la produire et à la distribuer reste limitée[MS3.1]. Nous devrons mettre en œuvre d’importants programmes de rénovation non seulement pour électrifier nos bâtiments, mais aussi pour améliorer leur rendement thermique afin de réduire la demande. Au Canada, environ 480 000 bâtiments commerciaux et publics doivent être décarbonés; nous ne pouvons pas simplement les démolir et repartir de zéro.
C’est l’occasion de prendre du recul et de réfléchir à la manière dont ces bâtiments sont utilisés, puis de se demander si le fait de les convertir à d’autres fonctions permettrait de réduire l’empreinte carbone et d’éviter le coût élevé de la construction de nouveaux bâtiments en termes de carbone intrinsèque. L’emplacement d’un bâtiment soulève également plusieurs questions en ce qui concerne la manière dont les gens s’y rendent ou dont les fournitures et les matériaux y sont acheminés. Cet élément commence tout juste à faire partie des discussions.
…ou lorsque les surplus d’énergie peuvent être utilisés par quelqu’un d’autre
Atteindre l’objectif zéro émission nette doit être un effort collaboratif, holistique et concerté. Les gouvernements doivent montrer la voie et amorcer le changement, mais l’ensemble des acteurs de la société ont [MS4.1]aussi un rôle important à jouer pour rapprocher les secteurs et trouver de meilleures solutions. Un bon exemple est l’emplacement des centres de données, dont le monde numérique et automatisé dépend de plus en plus. Ces centres génèrent énormément de chaleur pour demeurer opérationnels. Malgré le développement de technologies plus efficaces, aucune solution magique ne les empêchera d’être exothermiques, surtout avec la croissance exponentielle de l’IA.
Une piste de solution consiste à mettre en relation différents secteurs, pour que le surplus d’énergie de l’un devienne la ressource de l’autre. Aujourd’hui, toutes les maisons du Canada possèdent un système de chauffage, alimenté pour la plupart par des combustibles fossiles. Et si nous mettions en place un critère de planification voulant que la chaleur résiduelle des centres de données soit redirigée vers le système de chauffage d’un quartier? Cela permettrait d’économiser une grande quantité d’énergie et compenserait les émissions des bâtiments qui n’ont plus besoin de produire de chaleur. La modernisation de nos villes représente un véritable catalyseur. Elle nous offre l’occasion de trouver des symbioses et d’adopter une approche de planification holistique.
Nous aidons nos clients à réutiliser leurs bâtiments existants grâce à nos conceptions novatrices, à notre expertise technologique et à notre passion pour façonner un monde meilleur.