Dans un marché où la quatrième révolution industrielle est bien entamée, une multitude d’occasions s’offre aux entreprises en raison des avancées technologiques. Mais, comme toujours, il y a un écart entre ce qui est possible et ce qui est réalisable.
La contradiction des priorités sur le plan budgétaire pose toujours problème. Pour réellement tirer profit de l’investissement en matière de nouvelles technologies, l’équipe de gestion doit en comprendre les risques comme les avantages et connaitre les compétences nécessaires pour les utiliser. La décision est donc plus difficile à prendre dans les industries à faible marge bénéficiaire, où il faut obtenir des revenus élevés et limiter les coûts d’exploitation. L’industrie minière n’échappe pas à la règle, car dégager de la valeur tout au long du cycle de vie d’une mine relève du défi. Dans les faits, la sécurité et les finances priment souvent sur l’innovation et les nouvelles technologies.
L’adoption de ces dernières, qui est aussi compromise par la difficulté à recruter des personnes de talent en région éloignée, permettrait pourtant d’augmenter la marge bénéficiaire de nombreuses façons. Automatiser les procédés, employer des véhicules électriques et utiliser l’apprentissage automatique au moyen de l’intelligence artificielle (IA) pourrait transformer les activités minières. Sauf qu’en réalité, certaines technologies ne peuvent pas encore être intégrées à court terme ou dans les opérations actuelles.
Beaucoup d’entreprises, surtout celles dont les activités peuvent être dangereuses pour la sécurité de leurs employés, hésitent à faire partie des premiers utilisateurs de technologies qui n’ont pas fait leurs preuves.

Cela est d’autant plus vrai que le matériel informatique et des logiciels évoluent à un rythme effréné et que la réglementation et les normes régissant leur implantation et leur utilisation sont complexes. Dans ce contexte, comment les sociétés minières peuvent-elles continument exploiter les technologies et l’innovation dans le cadre de leurs activités quotidiennes pour créer de la valeur? Comment prendre des décisions stratégiques qui permettront de tirer pleinement profit des nouvelles technologies tout en réduisant le plus possible les risques sur les plans financier et opérationnel?
Optimiser les opérations au moyen de la technologie
L’optimisation des technologies déjà en place et des données déjà accessibles fait partie des premiers éléments à prendre en considération. Ce ne sont pourtant pas les données ni l’innovation qui manquent dans le secteur minier, mais l’adoption et l’implantation de nouvelles technologies se révèlent compliquées. Comment régler la situation? Des ressources existantes, comme les données analogiques, pourraient-elles aider une société minière à prendre le virage numérique? Peut-on réduire l’investissement initial tout en améliorant suffisamment les processus et les connaissances pour amorcer la transformation numérique à un rythme soutenable à l’échelle de l’entreprise? (Il est en effet toujours possible de mettre à niveau les actifs numériques graduellement, ce qui permet de rendre le coût initial moins prohibitif.) Peut-on changer petit à petit les comportements des travailleurs et les processus de manière à laisser la place à de futures améliorations et à dégager des fonds pour investir dans les nouvelles technologies? Comment s’y prendre pour approfondir les connaissances des équipes chargées de l’exploitation?
Les opérations et les comportements varient d’une entreprise et d’un site à l’autre. En adoptant une approche vraiment collaborative, qui inclut des ateliers sur la conception et la stratégie, on peut établir des indicateurs de rendement clé et créer des tableaux de bord qui seront utilisés sur place par les décideurs, ceux de la salle de commande comme ceux du conseil d’administration. En outre, offrir du soutien technique supplémentaire depuis une salle de commande identique, mais plus près des grands centres, permettrait de réduire les coûts en entrainant des gains d’efficacité dans le cadre de l’exploitation de la mine et l’amélioration des processus à l’échelle de l’entreprise.
Lorsqu’une entreprise intègre une technologie, elle doit s’assurer que ses employés comprennent que les résultats seront à l’image des données entrées. Si elle veut tirer le maximum de valeur de celles-ci, elle doit veiller à la justesse de ses processus et de sa gestion de données pour que les systèmes d’apprentissage automatique et d’IA puissent accéder aux données pertinentes et établir les bons liens entre elles, ce qui n’a rien à voir avec la complexité et le prix de ces systèmes. En progressant graduellement, il est possible de mettre en place des pratiques exemplaires qui conviennent à l’exploitant et qui répondent à ses besoins.
L’industrie minière est arrivée à maturité, c’est-à-dire que les processus d’extraction et de logistique ne peuvent plus guère être perfectionnés. Cependant, réduire les temps d’arrêt, améliorer l’efficacité des travailleurs, utiliser davantage l’équipement et optimiser l’approvisionnement sont autant d’avenues faciles pour créer de la valeur. D’autres stratégies (en anglais) mettent à profit les données historiques en les couplant aux avancées en matière de stockage de données et d’apprentissage automatique dans le but d’éliminer les erreurs humaines, de limiter les temps d’arrêt imprévus, d’allonger la durée de vie des actifs en place et de simplifier les procédés mécaniques et chimiques complexes.
Faire appel à la technologie pour améliorer la sécurité des travailleurs
Une autre application stratégique des nouvelles technologies qui donne d’excellents résultats est l’utilisation de jumeaux numériques. Dans le secteur minier, cela consiste à générer par ordinateur une réplique tridimensionnelle exacte de la mine. Les gestionnaires l’utiliseront pour effectuer des simulations virtuelles et des analyses de sensibilité afin de mieux comprendre les répercussions que certains changements auraient sur les secteurs d’activité amont et aval. Dans l’industrie minière, comme il y a peu de place à l’erreur et peu de temps pour accomplir même les tâches de maintenance planifiées, un jumeau numérique permet de faire des simulations et d’envisager des scénarios en allégeant la pression et en diminuant les risques pour les employés. Le coût et la vitesse de création d’un jumeau numérique sont récemment devenus plus intéressants grâce au balayage laser, aux maquettes, aux capteurs perfectionnés, et à l’accès à l’historique des équipes de travail et à d’autres sources de données.
Dans une mine, les grands projets de rénovation ou de maintenance posent de sérieux risques, non seulement pour les finances, mais aussi pour les humains. Or, un jumeau numérique permet de savoir comment orchestrer les lots de travaux de façon à diminuer les temps d’arrêt et à déployer le personnel et l’équipement efficacement et sécuritairement. La réalité virtuelle peut également servir à former les effectifs avant le projet sur les risques qu’ils encourent en les projetant dans une éventuelle situation dangereuse, ce qui devrait réduire les erreurs de jugement.
Pour des investissements moins risqués
En général, les investisseurs perçoivent les nouvelles technologies comme très risquées, puisqu’elles ont un coût initial élevé et n’engendrent pas d’économies rapidement. Comment donc réduire les risques commerciaux associés au secteur minier au moyen des technologies et de l’innovation? Une mine est une entreprise intrinsèquement périlleuse : la source de revenus se trouve sous terre, dans une région éloignée, et le volet humain ne facilite en rien les choses. Cependant, la mentalité change au sein de l’industrie, désormais plus encline à intégrer les nouvelles technologies de façon stratégique en raison de la vague de départs à la retraite et de la difficulté à recruter loin des grands centres. Les innovations technologiques apportent en effet beaucoup de valeur, qu’on pense seulement aux drones, à l’électrification des procédés et du déplacement du matériel, aux solutions avancées de balayage, au LiDAR ou aux procédés mécaniques et chimiques sophistiqués. On peut aussi gagner en efficacité grâce aux outils numériques qui rendent possibles la collaboration, l’ingénierie et l’exploitation à distance. Tous ces moyens permettent de réduire les risques liés aux pertes de temps, aux coûts et à la sécurité et de mieux coopérer dans l’ensemble de l’entreprise. Les travailleurs n’en sont que plus heureux, près de leur famille et en sécurité, et les sociétés minières sont en mesure de recruter dans les grands centres, qui regorgent de personnes talentueuses.
Remédier aux difficultés d’intégration
Des études ont prouvé que la difficulté à mettre en œuvre les nouvelles technologies peut entrainer une perte de productivité de 10 à 20 %.
L’industrie minière mondiale n’a aucun problème à innover; c’est plutôt la phase d’adoption et d’intégration des nouvelles technologies qui pose habituellement problème. Des échanges et des ateliers sur l’innovation ont démontré que les dirigeants comprennent l’importance des nouvelles technologies, mais qu’ils ne savent pas trop comment les déployer, les intégrer et les utiliser pour atteindre leurs priorités stratégiques.
Un bon exemple de cela : la fausse impression qu’il manque de données sur l’exploitation. En réalité, la plupart des sociétés minières ont toutes les données requises, mais ne savent pas comment s’en servir. Cela dit, remédier au problème n’exige pas nécessairement un système de mégadonnées ultra-performant. Parfois, il suffit de simplifier les procédés et d’utiliser une technologie plus modeste, mais adéquate. De plus, adopter une approche progressive contribuera fortement à instaurer la confiance chez les équipes locales.
Mieux intégrer les nouvelles technologies implique d’étudier minutieusement et stratégiquement les compétences et les actifs existants et de peut-être investir dans des solutions technologiques de petite envergure conçues spécialement pour répondre aux besoins de la mine en question. Au lieu d’investir dans une technologie dernier cri à large portée, adopter une approche stratégique donnera une plus grande marge de manœuvre sur le plan financier à court et à long termes tout en permettant une exploitation plus efficace.
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