Cet article a été publié à l'origine par le magazine Water Canada.
La majorité des gens imaginent les Territoires du Nord-Ouest comme un endroit où les étendues d’eau sont éparpillées dans un vaste paysage dégagé. C’est du moins ce que beaucoup d’entre nous avons appris à l’école. Et, c’est normalement l’impression qu’en laisse la carte de la région.
Cependant, malgré la présence de nombreux lacs et rivières, le territoire connaît une pénurie d’eau sans précédent. Les responsables des opérations gouvernementales, les intendants de l’environnement et les professionnels de l’industrie sont en recherche intensive de solutions, espérant trouver un approvisionnement en eau propre et salubre pour les humains et la faune.
Deux des lacs les plus importants en Amérique du Nord, le Grand lac de l’Ours et le Grand lac des Esclaves, sont situés dans cette région. Au cours des deux dernières années, des planchers historiques ont été enregistrés pour ces lacs, autant en été qu’en hiver.
En novembre 2024, le Grand lac de l’Ours a connu son niveau le plus bas jamais enregistré. En décembre 2024, le Grand lac des Esclaves est demeuré à son niveau le plus bas jamais enregistré, ce qui correspond au niveau le plus bas jamais enregistré en décembre 2023.
Les débits de plusieurs grandes rivières des T.N.-O. ont également été faibles par rapport aux années précédentes; les débits de la rivière Hay et du fleuve Mackenzie étaient bien inférieurs à la moyenne en décembre 2024, et le débit de la rivière Liard en décembre 2024 était le plus faible jamais enregistré. Le débit de la rivière des Esclaves était également inférieur à la moyenne en 2023 et 2024.
Inquiétudes
Même si la quantité de plans d’eau éparpillés sur le territoire est assez importante, on craint que la qualité du milieu aquatique se détériore en raison des faibles niveaux d’eau.
Plusieurs raisons expliquent cette pénurie d’eau dans les T.N.-O. Tout d’abord, elle est due aux sécheresses extrêmes qui ont commencé à l’été 2022 et se sont poursuivies jusqu’en 2024. Les niveaux d’eau du Grand lac des Esclaves et du fleuve Mackenzie sont fortement liés aux précipitations reçues dans le bassin hydrographique des rivières de la Paix et Athabasca (au nord de la Colombie-Britannique et de l’Alberta), en Saskatchewan et au sud des Territoires du Nord-Ouest. Les plans d’eau ont reçu non seulement très peu de précipitations au cours des trois dernières années, mais aussi très peu de neige, ce qui a contribué aux faibles niveaux de l’eau.
Depuis la mi-février 2025, le niveau d’eau du Grand lac des Esclaves a connu « … une augmentation lente qui a commencé à la mi-décembre 2024 et dont le niveau est d’environ 20 cm plus élevé que celui qui a été enregistré au même moment l’an dernier. » Quant au fleuve Mackenzie, il était source de préoccupations, car le « … niveau de l’eau enregistré à différents points le long du fleuve est bien en dessous de la moyenne pour cette période de l’année. »
Bien qu’il y ait eu une légère amélioration depuis le début de 2025, une combinaison de facteurs est responsable des niveaux qui sont plus faibles que jamais auparavant, suscitant de fortes préoccupations pour tous les êtres vivants de la région.
Comprendre les conséquences
Ces planchers historiques ont déjà des conséquences considérables sur les humains et les organismes aquatiques et ne feront que s’aggraver si les niveaux d’eau n’augmentent pas dans les mois à venir.
Les services de transport ont été les plus touchés. Les faibles niveaux d’eau du fleuve Mackenzie ont causé l’interruption des services de barges qui approvisionnent les communautés éloignées comme Tulita et Norman Wells en biens et carburant, car elles n’ont pas pu traverser. Les opérations de la Garde côtière ont été interrompues, notamment les enquêtes sur la pollution et la mise en place saisonnière de bouées d’identification des dangers. Les services de traversier ont également été touchés. En période sans couvert glacial, les traversiers sont le seul moyen de se déplacer à partir de nombreuses communautés.
Certaines ont donc plus de mal à maintenir leur mode de vie. Par exemple, à la rivière Hay, les activités de pêche commerciale ont été limitées, car les bateaux ne peuvent pas se déplacer du port jusqu’à l’embouchure du Grand lac des Esclaves en toute sécurité en raison des faibles niveaux d’eau.
Ces derniers mettent également les populations de poissons en péril. En raison du manque d’oxygène (conditions anoxiques) sous le couvert de glace en hiver, les poissons pourraient même ne pas pouvoir survivre dans leur habitat hivernal. Lorsque les niveaux d’eau sont faibles, la température de l’eau peut augmenter puisque les masses d’eau réduites ne dissipent pas la chaleur aussi bien, ce qui peut également nuire à la qualité de l’eau.
Le manque d’eau peut aussi compliquer la lutte contre les feux de forêt. La terre sèche facilite la propagation des incendies, et les faibles niveaux d’eau signifient qu’il y a moins d’eau disponible pour les pompiers. La saison des feux de forêt de 2023 dans les Territoires du Nord-Ouest a été grave, avec plus de 4,1 millions d’hectares de forêt touchés par 303 feux. Des conditions de sécheresse extrême, des températures record et des vents violents ont également contribué au comportement extrême des feux.
Développer des solutions
Les communautés des T.N.-O. ont des moyens de gestion des pénuries d’eau qui leur permettent de maintenir leur qualité de vie.
Le développement de réseaux de transport toutes saisons peut être une solution aux faibles niveaux d’eau. La construction de routes toutes saisons permet de réduire la dépendance des communautés du nord à l’expédition de biens et de carburant sur des barges et de transporter les biens dans des camions à moindres coûts.
Le gouvernement territorial étudie également la possibilité d’exploiter davantage les sources d’énergie hydroélectrique. Bien que les sécheresses dues au climat sont inévitables, la planification des développements futurs en tenant compte des changements climatiques et des conditions de sécheresse permettra d’atténuer les effets de la sécheresse sur la production d’énergie renouvelable. Une production hydroélectrique accrue permettra de réduire les coûts de l’électricité pour les habitants du Nord, surtout dans les plus petites communautés qui dépendent souvent des génératrices au diesel. L’énergie hydroélectrique permettra également de réduire la dépendance au trafic de barges à grande échelle, qui nécessite l’importation de grandes quantités de combustibles fossiles pour la production d’électricité.
En ce qui concerne l’exploitation minière, les programmes de surveillance des effets aquatiques sont conçus pour surveiller les effets des faibles niveaux d’eau et de l’augmentation des températures de l’eau sur les écosystèmes aquatiques. WSP s’appuie sur ces résultats pour développer des solutions de gestion de l’eau sur d’anciens sites miniers qui permettront d’atténuer les impacts cumulatifs sur les milieux aquatiques.
Ultimement, les humains, la faune et la flore du nord devront s’adapter à des épisodes plus réguliers de faibles niveaux d’eau dans le nord du Canada. Pour atténuer la gravité de ces impacts, il faudra adopter des solutions techniques et recourir aux technologies émergentes pour la réutilisation et le recyclage de l’eau. D’autres solutions à long terme consistent à s’adapter aux changements de saison (fonte printanière plus précoce et gel automnal plus tardif) et aux pratiques de chasse traditionnelles, étant donné que les schémas de migration des poissons et des animaux sauvages changent.
En raison des changements climatiques, les Territoires du Nord-Ouest subissent d’importants changements, y compris l’adaptation à de faibles niveaux d’eau plus fréquents. En mettant en œuvre les bonnes solutions, nous pouvons atténuer ces impacts et aider les humains et la vie aquatique à s’adapter à ces nouvelles normes.