Nous avons rencontré Hilary Konigkramer, spécialiste des impacts sociaux chez WSP, pour comprendre pourquoi le mieux-être social a longtemps été relégué au second plan – et ce qui explique le changement de paradigme actuel.
Lorsqu’il est question d’infrastructures, la notion de « mieux-être social » peut paraître abstraite au premier abord. Qu’est-ce que cela signifie réellement?
Hilary: Le mieux-être social, c’est essentiellement l’incidence qu’ont les projets sur le quotidien des gens. La plupart des projets d’infrastructure sont motivés par des considérations sociales, leur objectif étant d’améliorer la qualité de vie des communautés grâce à une meilleure connectivité, à des déplacements plus sûrs, à un accès accru aux services et à un renforcement de l’économie locale.
Cependant, les processus traditionnels d’évaluation de projet ne permettent pas toujours de mettre en évidence ces avantages. Le concept de mieux-être social nous amène à voir plus loin que les chiffres. Il s’agit de comprendre l’incidence qu’a un projet sur la qualité de vie des personnes et des communautés tout au long de son cycle de vie, de la construction à l’exploitation, et même au-delà.
Pourquoi ces impacts sociaux ont-ils été ignorés pendant si longtemps?
Hilary: C’est en grande partie à cause des processus décisionnels qui ont longtemps prévalu. L’analyse coûts-avantages permet très bien d’évaluer les impacts économiques, soit les aspects que l’on peut aisément quantifier et traduire en dollars.
Les impacts sociaux sont plus difficiles à mesurer. Comment, par exemple, attribuer une valeur chiffrée à la cohésion d’une communauté, au sentiment de sécurité ou aux bouleversements que les gens ressentent lorsque leur environnement se transforme? Comme ils sont plus difficiles à mesurer, les impacts sociaux ont souvent été relégués au second plan ou supposés, plutôt que véritablement analysés.
Qu’est-ce qui change aujourd’hui, et pourquoi est-ce important?
Hilary: On reconnaît de plus en plus l’importance des résultats sociaux, particulièrement dans le cadre de projets de grande envergure ou plus complexes. Les évaluations des impacts sociaux suscitent de plus en plus d’intérêt, et l’on reconnaît davantage la valeur qu’elles procurent lorsqu’elles sont réalisées en amont. Plutôt que d’être traités de façon superficielle, les aspects sociaux sont étudiés plus en profondeur, puisqu’une évaluation rigoureuse peut orienter les décisions, recenser les risques et mettre en lumière des possibilités d’améliorer les résultats pour les communautés.
Quelle valeur ajoutée les évaluations des impacts sociaux apportent-elles par rapport aux approches d’analyse conventionnelles?
Hilary: Les analyses conventionnelles privilégient généralement les impacts qui peuvent être facilement mesurés, laissant parfois de côté des retombées moins tangibles, comme le mieux-être des communautés, l’équité sociale ou une meilleure qualité de vie.
La première étape consiste à comprendre le milieu social existant : qui habite dans la zone étudiée, quels usages en sont faits et qu’est-ce qui compte pour les gens? On s’appuie à la fois sur des données, comme celles des recensements, et sur une consultation directe des gens au moyen d’activités de mobilisation, d’entretiens et de sondages.
Sur cette base, on peut ensuite évaluer les effets potentiels du projet sur l’accessibilité, la connectivité, les commodités, l’identité de la communauté et les groupes vulnérables. Les décideurs ont ainsi une analyse objective des résultats sociaux attendus d’un projet, plutôt que de simples suppositions.
Comment convaincre les décideurs de la valeur de ces informations qualitatives?
Hilary: Ce n’est pas parce qu’une chose est difficile à mesurer qu’elle ne compte pas. L’objectif est de mettre en perspective les impacts sociaux avec les données économiques et techniques afin de fournir aux décideurs toute l’information nécessaire à une prise de décision éclairée.
Il est important d’intégrer les critères sociaux aux analyses multidimensionnelles dès le début du projet. De même, des synthèses visuelles claires permettent de mieux faire ressortir où se situent les risques et les retombées sur le plan social. Lorsqu’on cherche à mieux comprendre les effets d’un projet sur la société, il convient de réaliser une évaluation des impacts sociaux. En ayant un portrait complet, les décideurs pourront faire des choix réfléchis.
En quoi ces aspects sont-ils importants pour la réussite du projet?
Hilary: Les projets d’infrastructure n’existent pas en vase clos : ils émergent au sein des communautés. Une compréhension insuffisante des impacts sociaux peut entraîner de la résistance au projet, des retards et des dépassements de coûts.
Prendre en compte le mieux-être social dès les premières étapes du projet et engager un dialogue avec les communautés favorise la confiance des parties prenantes, renforce la conception et contribue à une meilleure acceptabilité sociale. Au fil du temps, les projets qui génèrent d’importantes retombées sociales sont généralement plus résilients, mieux accueillis et plus porteurs de réussite.